SELECTION DE COMPTES RENDUS

Dictionnaire des mondes juifs

de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa

Vendredi 5 septembre 2008: Livres Hebdo

Dictionnaire: Les Juifs pluriels

Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, directeurs d'études à l'Ecole pratique des hautes études et spécialistes reconnus du judaïsme, avaient publié en 1997, chez Larousse, le premier Dictionnaire de civilisation juive conçu et réalisé en France à destination du grand public, Juifs et non-Juifs, religieux et laïcs. Le Dictionnaire des mondes juifs qu'ils proposent maintenant est davantage qu'une troisième édition revue et augmentée d'un livre devenu classique.

On y retrouve certes toutes les entrées indispensables pour se repérer dans la tradition biblique et rabbinique (théologies, écoles d'interprétations, fêtes, rites, prescriptions, etc.), mais aussi tout ce qu'il faut pour suivre l'évolution historique d'une culture qui traverse les siècles et que ne limite aucun cadre géographique. Le « fait juif », tel que l'approchent les deux auteurs, est résolument pluriel, ouvert, en constante interaction avec le monde. D'indispensables cartes, des chronologies, des entrées par pays et par continents confirment cette variété y cornpris de nombreuses notices sur les écrivains, philosophes, artistes, musiciens.

On appréciera particulièrement les quelque quatre-vingts pages liminaires, nouveauté propre à cette refonte. On y trouve d'abord un dossier sur « Les mondes juifs en questions », où les auteurs font le point sur des débats particulièrement vifs : le darwinisme, l'historicité de Moïse, le Dieu des trois grandes traditions monothéistes, l'évolution du sionisme, la question de Jérusalem, etc. A quoi s'ajoutent les très utiles «Temps forts », petite histoire chronologique et périodisée qui s'étend .de l'exil à Babylone jusqu'aux années 2000.

Maniable et clair, c'est l'ouvrage de référence. L'un de ceux qu'il faut avoir à portée de la main.

JEAN-MAURICE DE MONTREMY

 

3, 7, 10, 20 et 24 octobre 2008: Ouest France

Dictionnaire: Les mondes juifs

Ce dictionnaire des mondes juifs est beaucoup plus qu'un dictionnaire du judaïsme. Essai d'approche globale du fait juif, il n'en néglige aucune facette, religieuse ou profane, et répond à tous tes types de curiosité. L'Orient et l'Occident, Ashkénazes et Séfarades, la Diaspora et Israël, les femmes et les hommes, les croyants et les autres, les petits gestes du quotidien et les audaces de la pensée : c'est d'une pluralité de mondes que cet ouvrage entend porter témoignage. « Seul le pluriel pouvait rendre pleinement justice à l'univers complexe, changeant, contradictoire et parfois insaisissable auquel ce volume vise à faciliter l'accès », écrivent les auteurs en préambule. L'ouvrage est signé Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, directeurs d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, à la Sorbonne, et déjà auteurs de nombreux ouvrages sur les Juifs et le judaïsme.

 

Samedi 11 et dimanche 12 octobre 2008: La Croix

De A comme ablutions, ces purifications par l'eau de tout ou partie du corps comptant au nombre des pratiques obligatoires du culte biblique, à Z comme Stefan Zweig, écrivain autrichien, «pacifiste et allergique à toute for me de nationalisme». Ce dictionnaire « des » mondes juifs se veut beaucoup plus qu'un dietionnaire du judaïsme: les mondes juifs sont aussi bien l'Orient et l'Occident, les Ashkénazes et les Sépharades, la diaspora et Israël, les croyants et les athées... Les auteurs, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, directeurs d'études à l'École pratique des hautes études, ont choisi de rendre leur ouvrage accessible à tous les lecteurs, même débutants : tous les mots en hébreu sont traduits, les débats théologiques ne sont pas éludés (sur l'élection, par exemple). L'ouvrage est précédé par deux chapitres introductifs, l'un - utile - rappelle les grandes dates du peuple juif depuis l'exil à Babylone, l'autre - passionnant - aborde quelques grandes questions comme la condition de la femme en Israël, le statut de Jérusalem...

A. B. H.

 

Jeudi 30 octobre 2008: Politis

Mille et une façons d'être juif: Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa publient un passionnant « Dictionnaire des mondes juifs ».

VOILÀ UN OUVRAGE d'une folle ambition. Mais le résultat est là, sur 650 pages, pour nous dire que l'érudition des auteurs a bel et bien rendu possible un projet qui pouvait paraître démesuré : réunir sous forme de dictionnaire toutes les facertes du « fait juif ». Ses maîtres d'œuvre, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, n'ont pas voulu faire l'encyclopédie du judaïsme ; ils préfèrent parler « des mondes juifs», ce qui leur a donné toute liberté pour intégrer des faits, des événements et des personnages qui appartiennent à la périphérie de l'histoire juive ou s'y rattachent par une libre association de l'esprit.

Nous sommes loin ici d'être limités à l'acception religieuse du judaïsme, même si celle-ci est visitée de façon probablement exhaustive. Les auteurs se sont situés du point de vue de notre imaginaire pour faire voisiner Woody Allen et Spinoza, Freud et Maïmonide. Mais le plus passionnant est sans doute dans l'incroyable diversité et dans la pluralité des histoires, des courants, des conceptions de ce qu'a coutume de résumer d'un mot : judaïsme. Au-delà d'une approche classique « des » mondes juifs d'Orient et d'Occident, de la définition des courants, de leur symbiose avec les pays d'accueil dans leur époque - on pense en particulier au mouvement juif des Lumières, la Hascala -, les auteurs visitent aussi des concepts universels pour nous donner les positions morales produites par les différentes doctrines. Que dit-on de là famille, de la place de la femme, du féminisme ? Que dit-on de l'islam, du mariage mixte, de l'homosexualité ? Eh bien, on en dit beaucoup de choses différentes et parfois même contradictoires. Et c'est ce foisonnement qui est restitué ici.

Le lecteur découvrira aussi avec intérêt la réflexion sur la notion souvent réductrice d'élection. Le « peuple élu » est-il celui qui a des droits sur les autres ? Ou est-il, en fonction de la morale dont il se réclame, celui qui a surtout des devoirs ? Une idée de « responsabilité à l'égard de l'Autre» qui n'est évidemment pas étrangère à la pensée d'Emmanuel Lévinas. On devine la morale de l'histoire : il y a mille et une façons d'être juif. On imagine que, même si cet ouvrage n'est pas didactique au sens étroit du mot, l'idée que la judéité n'est jamais un carcan mais une liberté de se choisir au monde ne déplaît pas aux auteurs.

D. S.

 

Jeudi 30 octobre 2008: L'Echo Magazine (Suisse)

Plongée dans les mondes juifs

« Bar mitsva », « chofar », « goy chel chabat », « Hanouka ». En 350 articles, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa expliquent tout ce que nous devrions savoir sur les mondes juifs. « Les », car pour les auteurs il y aurait bien « plusieurs civilisations juives ».

« Nul ne sait si Abraham dont parle la Bible a jamais existé »

Le mot « ghetto »fait presque aussitôt penser à celui de Varsovie, où les nazis ont enfermé et martyrisé pendant la Seconde Guerre mondiale un demi-million de Juifs. Toutefois, le premier « ghetto » est beaucoup plus ancien. Il a été créé en 1516 à Venise. Il contraint les Juifs à vivre dans un quartier bien précis, entouré de murs et de portes, situé près d'une fonderie (« getto" ou « ghetto » en italien). En 1555, le pape Paul IV institutionnalise l'emploi de ce terme « pour désigner les quartiers clos rigoureusement séparés où les Juifs seront désormais légalement contraints de résider ».

Jean-Christophe Attias, titulaire d'une chaire de pensée juive médiévale, et Esther Benbassa, à la tête d'une chaire d'histoire du judaïsme moderne, à l'Ecole pratique des hautes études, en Sorbonne, se complètent parfaitement pour nous livrer ce Dictionnaire des mondes juifs, composé de 350 articles et de nombreuses cartes sur le judaïsme ancien et contemporain. Pourquoi des mondes juifs? « Seul le pluriel pouvait rendre pleinement justice à l'univers complexe, changeant, contradictoire et parfois insaisissable auquel ce volume vise à faciliter l'accès », répondent les auteurs. Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, lauréats en 2006 du prix Françoise Seligmann contre le racisme, l'injustice et l'intolérance, ont toujours appelé un chat, un chat. Aussi, ils n'hésitent pas à écrire que « Nul ne sait si Abraham dont la Bible parle a jamais existé », et que « le récit biblique des origines du peuple qui se dit issu du patriarche est naturellement sujet à caution ».

L'exode des Hébreux d'Egypte

Pour eux, la Bible est clairement le fruit d'un effort de reconstruction historiographique. Elle est la réponse à un traumatisme majeur: « la ruine du petit royaume proche oriental de Juda sous les coups de boutoir de la puissance babylonienne en 586 avant l'ère chrétienne ». De la même façon, ce Dictionnaire n'hésite pas à suggérer que l'Exode des Hébreux d'Egypte n'aurait pas été collectif, mais ce serait sans doute déroulé par vagues... En clair, pour les auteurs, toutes les vérités sont bonnes à dire, même quand elles peuvent faire grincer des dents. Le Dictionnaire des mondes juifs révèle que Theodor Benjamin Zeev Herzl, le fondateur du sionisme, n'avait pas pensé à l'origine à la Palestine pour rassembler les Juifs dispersés, mais à l'Ouganda. Certains de ses amis penchaient pour l'Argentine, Madagascar, et même la Nouvelle-Calédonie. Ce n'est qu'après la mort de Herzl en 1904 « que ses successeurs se fixèrent inconditionnellement sur la Palestine ».

Enfin, sachez qu'aujourd'hui Israël compte 5,39 millions de Juifs, 1,17 million de musulmans, 149'100 chrétiens et 117'500 Druzes.

IAN HAMEL

 

Samedi 1er et dimanche 2 novembre 2008: Libération

Livres. Deux ouvrages retracent les débats, la continuité et les ruptures qui traversent le judaïsme contemporain.

Etat, traditions: diversité des mondes juifs

Il aimerait tant que ses cinq petits-enfants puissent un jour lire, comme lui jadis, les albums de Babar. «Mais ces aventures d’éléphants en habits humains qui avaient fait les délices de mon enfance ne sont pas cacher aux yeux des dévots et de leurs rabbins», écrit Marius Schattner [dans Israël, l'autre conflit. Laïcs contre religieux, paru chez André Versaille éditeur], dont la fille est devenue une juive religieuse ultraorthodoxe. Dès les premières pages de son livre, dense et essentiel, il souligne avec pudeur et humour le poids au quotidien de cette bataille entre laïcs et religieux qui parcourt toute l’histoire du mouvement sioniste depuis le XIXe siècle, puis celle d’Israël, qui se veut tout à la fois «un Etat juif et démocratique», selon la définition de sa Loi fondamentale. «Deux exigences difficiles à concilier», rappelle ce journaliste de l’AFP installé depuis des années à Jérusalem. Cette opposition laïcs/religieux est symbolisée par celle des deux villes : «Jérusalem, la capitale surchargée de sainteté ; et Tel-Aviv, la métropole hédoniste du bord de mer.» «Exil». S’il fait œuvre d’historien pour restituer l’ampleur des débats autour de cette question, Marius Schattner reste aussi un journaliste, montrant la montée, ces dernières années, d’un nationalisme ultrareligieux qui considère «tout retrait territorial comme un retrait du judaïsme». Ainsi, les partis religieux étaient unanimes, ou presque, dans leur refus intransigeant du retrait de Gaza. Ce courant, qui a commencé à prendre son essor après la victoire de 1967, est autrement plus dangereux que le sionisme religieux traditionnel qui a accompagné depuis le début la construction de l’Etat juif, bien qu’avec réticence, voire hostilité : «C’était contraire à la tradition que le peuple juif puisse mettre fin par lui-même à son exil millénaire sans attendre la venue du Messie.»

«Le sionisme moderne s’appuya fortement sur l’ancien messianisme et lui emprunta ses ferments idéologiques émotionnels, tout en remplaçant les éléments miraculeux et eschatologiques par des concepts politiques réalistes», notent Jean-Christophe Attias et Ester Ben Bassa dans leur Dictionnaire des mondes juifs. Ce mouvement d’émancipation national juif fut plus tardif, mais semblable à tant d’autres dans cette Europe des empires de la fin du XIXe siècle où chaque peuple réinventait sa propre histoire et rêvait d’avoir son propre Etat-nation. «Judenstaat», titrait en allemand le manifeste du père du sionisme, Theodor Herzl. Ce qui peut se traduire tout à la fois par «Etat juif» et par «Etat des juifs». «"Etat juif" induit un lien organique avec le judaïsme, un caractère juif de l’Etat inaliénable et donc l’impossibilité d’une séparation entre l’Etat et la Synagogue. En revanche, "Etat des juifs" évoque une patrie, l’idée d’un Etat pour ses citoyens, mais à majorité juive», relève Marius Schattner. Le débat n’est toujours pas tranché. La gauche et les laïcs sont pour «l’Etat des juifs», les religieux pour «l’Etat juif» ; et ces derniers se sont d’ailleurs toujours opposés à ce qu’Israël dispose d’une constitution, car la loi d’un Etat juif ne peut être que la Torah, celle de Dieu. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1992 que l’Etat d’Israël a réussi à se doter d’une loi fondamentale, qui n’est pas pour autant une véritable constitution.

Acquis. En narrant l’interminable «kulturkampf» («guerre culturelle») entre laïcs et religieux israéliens, Marius Schattner pulvérise nombre d’idées reçues, y compris sur le caractère «théocratique» de l’Etat hébreu. Dès la naissance d’Israël, les religieux ont obtenu la Lettre du statu quo, entérinant leurs droits acquis sous le mandat britannique et garantissant, notamment, éducation, cacherout, respect du sabbat et statut personnel. Fort de leur rôle d’indispensable appoint pour les majorités gouvernementales, les partis religieux ont ensuite gagné de nouveaux avantages, mais ils n’ont jamais réussi à imposer le joug de la Torah au reste de la société. «Il n’y a pas de mariage civil en Israël, pas de possibilité, en principe, de se marier entre membres de différentes confessions. Mais l’Etat reconnaît la légalité du mariage civil à l’étranger, de même que le concubinage notoire. Et ces dernières années, les tribunaux civils reconnaissent également des droits aux couples homosexuels, y compris dans l’adoption, à la grande horreur du judaïsme orthodoxe», écrit Marius Schattner, soulignant que les partis religieux ont accepté les règles du jeu démocratique.

La dérive actuelle, où la religion se mêle à l’ultranationalisme, ne peut qu’inquiéter. La paix ne pouvant se faire qu’aux prix de concessions importantes. Etait-elle inscrite dans l’histoire même du sionisme ? Schattner refuse cette vision essentialiste et rappelle notamment l’importance d’une figure comme celle du philosophe Yeshayahou Leibowitz (1903-1993), «qui combat les dérives ultranationalistes au nom de la Torah et non hors d’elle, rejetant le culte de la terre, fut-elle sainte, comme étranger au judaïsme, s’il ne relève pas d’une forme de paganisme». Toute la richesse et la diversité de la tradition, aussi, dans le Dictionnaire des mondes juifs, qui est à la fois essai d’approche globale du fait juif et dictionnaire proprement dit, avec 350 articles, allant d’«Ablution» à «Zohar», sur les aspects religieux ou profane des judaïsmes.

MARC SEMO

 

Novembre-décembre 2008: Le Monde des Religions

C'est un grand projet que celui de vouloir résumer l'histoire juive en un dictionnaire. Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias l'annoncent d'emblée: leur livre est un dictionnaire des mondes juifs au pluriel, pour rendre compte de la pluralité de réalités d'hier et d'aujourd'hui. Mais ce livre est aussi une tentative d'approche globale du judaïsme, sur le plan religieux, culturel et historique qui s'ouvre pardeux chapitres, « Les mondes juifs en questions » et « Temps forts », pour comprendre un monde « complexe, contradictoire et parfois insaisissable ». Puis, en 350 articles, les auteurs font le tour des événements et des hommes qui ont fait le monde juif moderne. Y figurent les mots « ashkénazes » et « séfarades », des articles sur des écrivains comme Franz Kafka et Imre Kertesz, ou encore le mot « ghetto », donné originellement au quartier juif de la ville de Venise, ainsi que des événements historiques comme l'affaire Dreyfus.

Les deux historiens s'interrogent à l'article « Art juif»: y a-t-il une « contradiction dans les termes » ? Car la tradition biblique interdit la représentation figurée du divin. De même aux articles « Argent », « Antisémitisme, les visages multiples d'un fléau moderne », et bien sûr « Génocide » : des termes qui posent question et qu'il ne s'agit pas de simplement définir.

MELISSA CHEMAM

 

Jeudi 20 novembre 2008: L'Amateur d'idées (www.amateur-idees.fr)

Esther Benbassa, historienne à l’Ecole pratique des hautes études de la Sorbonne, vient de publier avec le philosophe Jean-Christophe Attias un Dictionnaire des mondes juifs (Larousse). L’identité juive se dissout-elle dans la globalisation du monde ? À travers 350 articles qui définissent, expliquent et présentent les rites, les maîtres spirituels, les artistes ou les temps forts du judaïsme, cet ouvrage effectue une approche globale. Entre Orient et Occident, croyances et culture, personnalités de premier plan et petits gestes quotidiens.

« La diaspora est nécessaire pour que le judaïsme conserve toute sa vitalité »

Pourquoi ce dictionnaire de la diversité juive ?


Esther Benbassa : Parce que les juifs n’ont pas qu’une seule facette. Nous avons voulu montrer le judaïsme sous tous ses angles, aussi bien religieux que culturels, artistiques et philosophiques. C’est une religion, mais aussi une civilisation, une culture, une attitude ainsi qu’une façon de voir, de vivre, d’être regardé et de regarder. La réalité diasporique est très large. Le regard que porte cette diaspora sur le monde change énormément, selon que l’on soit un juif irakien ou un juif né au Canada, selon que l’on soit un juif religieux, laïc ou athée.

Le judaïsme n’est-il pas, aujourd’hui, surtout observé à travers le prisme du sionisme ?

C’est vrai. Pourtant, le judaïsme a existé bien avant le sionisme. Ce dernier n’est apparu qu’au 19ème siècle, dans le lignée de tous les nationalismes. Si le sionisme a pris tant de place, c’est parce que nous sommes dans un monde qui a connu l’holocauste. Le fait de réduire le judaïsme à Israël est peut-être encore lié au poids de la Shoah. Actuellement, il y a pratiquement autant de juifs en diaspora qu’en Israël.Plusieurs siècles avant sa création, les juifs avaient déjà créé et écrit, ils avaient produit de la culture et participé à la civilisation. On ne peut pas nier les histoires juives au Maroc, en Tunisie ou en Pologne. Et n’oublions pas qu’il y a eu des juifs communistes, socialistes, et anarchistes. A partir du 19ème siècle, ce n’est plus seulement la Thora qui fonde la vie de beaucoup de ces juifs.

En obtenant une citoyenneté, ils se sont émancipés de la religion et ont compté dans le monde non juif. Ils sont à l’origine de toute une littérature, d’un cinéma, de nombreuses oeuvres d’art, sans oublier le théâtre. Israël représente donc une étape, rendue nécessaire en raison des vicissitudes historiques. Mais les juifs ont vécu et continuent de vivre ailleurs. Il existe le fantasme de l’authenticité juive. Je pense qu’elle est impossible, surtout dans un monde globalisé.

Votre ouvrage parle de Sigmund Freud ou d’Albert Einstein. En quoi leur identité juive a-t-elle joué un rôle ?

L’un comme l’autre avait une véritable conscience juive. Ce qui ne signifie pas forcément qu’ils allaient tous les jours à la synagogue ! Cette identité se manifestait plutôt par un certain regard sur le monde et une façon d’être regardé. Leur pensée n’était pas totalement coupée d’une éducation et d’une vision du monde transmises par un itinéraire historique propre au judaïsme.

Si Freud n’avait pas été juif, s’il avait été professeur à l’université, aurait-il eu la même vie ? Aurait-il été aussi révolutionnaire ? En étant en-dehors du système, il a pu se placer dans l’anticonformisme. Le fait d’être juif -de ne pas pouvoir accéder à certains métiers- lui a donné une plus grande liberté. Je ne vais pas dire que Einstein a découvert la théorie de la relativité parce qu’il était juif ! Mais il a été un militant de la cause juive, il a aidé des savants juifs allemands à quitter le pays, il est parti en Amérique... Autant d’éléments qui ont contribué à faire de lui le grand savant que l’on connaît.

Il y a beaucoup d’exemples. Karl Marx, même s’il n’a pas reçu d’éducation juive, était lui aussi dans les marges. Ne pas être au centre, ne pas subir la pression du monde universitaire, donne la liberté de créer et d’être original. Cette capacité à avoir un regard distancié est vraie pour tous les groupes minoritaires. Il n’y aurait peut-être pas eu de révolutionnaires juifs allemands, si ils avaient été dans le moule.

Assiste t-on à une normalisation de l’identité juive ?

Certainement et à commencer par Israël, où il existe pourtant une littérature très intéressante et un véritable bouillonnement intellectuel. Mais le fait de devenir une nation, de ne plus être en marge, de ne plus partager la condition diasporique, tout cela créé une normalisation. Même si c’est une bonne chose en soi, peut-être que cela modifie le regard. J’ai toujours pensé que la diaspora était nécessaire pour que le judaïsme conserve une certaine vitalité. Se regarder comme autre donne une acuité indéniable. Le fait de ne pas avoir de racines vous rend plus souple, plus mobile. Israël constitue pour beaucoup de juifs des racines imaginaires qui créent une stabilité mais aussi une certaine paresse. Cette situation est peut-être trop confortable et éloigne de ceux qui souffrent, des peuples qui vivent aujourd’hui la même situation que celle que les juifs ont vécu auparavant. Le moteur créatif est ralenti et s’étouffe.

Quel est le rapport des juifs à la terre ?

Quand Israël n’existait pas, il y avait la croyance en un hypothétique retour. A Pâques, on répétait toujours « l’an prochain à Jérusalem ». Mais Jérusalem pouvait être n’importe où. Il y avait la « petite Jérusalem » à Meknès, à Fez ou à Salonique. Cette notion était dématérialisée. Aujourd’hui, cette terre est plus proche et on peut la toucher. Mais même en Israël, dans l’imaginaire, la terre ne semble toujours pas vous appartenir. Il y a un désir de se l’approprier, comme si il fallait l’avaler, la mettre en soi pour se convaincre qu’elle existe. Comme si elle vous échappait, comme si on ne pouvait pas s’habituer à vivre avec une terre.

C’est très curieux, après l’armée, les jeunes partent pendant un an à travers le monde. Ils pensent qu’il est nécessaire d’aller d’abord ailleurs pour, ensuite, revenir et devenir totalement familier avec elle. S’éloigner pour être en mesure de se l’approprier. Je crois que les Israéliens gardent une certaine nostalgie de la diaspora et, en même temps, un grand désir de terre. C’est un contraste que je trouve très beau.

Propos recueillis par LAURENCE ULRICH

Pour lire l'interview sur le site de L'Amateur d'idées, cliquer ici

 

22 novembre 2008: L'Alsace

Le judaïsme de A à Z

C'est un dictionnaire, mais c'est aussi, par son introduction sous forme de grands débats et sa chronologie commentée, un essai d'approche globale du fait juif. Du A d'ablutions au Z de Zweig (Stefan), les 350 articles de ce nouveau dictionnaire ne négligent aucune des facettes, religieuses ou profanes, du judaïsme. Une bibliographie thématisée ainsi qu'un index de 3 500 mots complètent l'ouvrage.

 

Décembre 2008: L'Histoire

Il existe mille façons d'être juif. Après une introduction faisant le point sur quelques thèmes clés (la Torah, Jérusalem, mais aussi les Juifs de France...), ce livre revient sur les temps forts vécus par le peuple juif, de l'exil à Babylone de 586 av. J.-C. aux turbulences des années 2000. Le dictionnaire proprement dit présente les mots de l'histoire et de la société juives, la biographie des grands esprits, la répartition géographique des Juifs dans le monde...

 

Décembre 2008: Le Magazine littéraire

De A comme ablution à Z comme Zohar, mais aussi d'Algérie à Zimbabwe, ou encore d'Agnon à Zweig, voici le fait juif dans tous ses lieux et tous ses temps, décliné en religion, histoire, géographie, politique, culture. Il fallait l'exigence d'Esther Benbassa et de Jean-Christophe Attias [...], leur double qualité de savants et d'intellectuels, pour réussir une telle somme plurielle, et toujours décisive. À la question la plus insondable, « Qui est juif? », l'ouvrage répond de bout en bout en opposant aux définitions restrictives la multiplicité de la vie juive, judaïsme et judéité mêlés. D'où l'importance accordée à des facettes habituellement minorées - les femmes, les agnostiques, les gestes de la quotidienneté. Mais qui veut s'efforcer de penser Moïse, le Messie ou le post-sionisme se verra de même éclairé. Une petite encyclopédie indispensable qui, à rebours de la tentation « marketing » que subit dernièrement Larousse, sait en retrouver l'antique tradition de service.

JEAN-FRANCOIS COLOSIMO

 

20 janvier 2009: Le Quotidien du médecin

L'espace-temps du judaïsme

Il s'agit moins, pour un dictionnaire, qu'on puisse tout y trouver que d'avoir un éclairage particulier. Aussi aimons-nous d'emblée l'idée de "mondes juifs" plutôt qu'un dictionnaire du judaïsme en général, tant le temps et surtout d'espace ont pulvérisé ce peule. Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, directeurs d'études à l'Ecole pratique des hautes études - Sorbonne, ont avant tout écrit un ouvrage très agréable à lire. Il nous tire d'un mot vers un autre, vers un plaisir ignoré des claviers

Si le destin juif n'était pas si particulier, on aimerait répondre aux antisémites: "Vous savez, les Juifs sont, hélas ou heureusement, un peuple exactement comme les autres." Une affirmation propre à mécontenter tout le monde. Mais il nous plaît que l'ouvrage commence par évoquer le très orthodoxe Moshe Feinstein (1895-1986), pour qui les théories de l'évolution doivnt être bannies de l'éducation juive. Conçu sous son aspect religieux, le judaïsme se montre tout aussi antidarwinien, créationniste et sclérosé que les autres traditions sacrées. En tout cas, un peuple qui fit Alliance avec dieu n'est pas avare de mots évoquant le produit de cette fabuleuse rencontre. Vous croyez tout savoir: la Torah, le Talmud, la Kabbale (merci Madonna!) sont des notions que vous possédez à peu près, et la Michna bien sûr, codification de la loi orale, n'a pas de secret pour vous, surtout si vous êtes un juif pieux. Mais un mouvement comme le karaïsme?

Il y a les mots et l'Histoire, souvent écrite avec une grande hache, comme dit Alain Finkielkraut. Il est donc très important d'envisager le destin juif avec des entrées de type "Europe centrale" ou "Europe orientale" du XVIIIe au XXe siècle, car le destin d'un Juif allemand sortant du ghetto pour accéder aux Lumières n'a rien à voir avec celui d'un Juif ukrainien sous la botte tsariste. Que dire du climat "Ombre et Lumière" d'un Juif vivant dans le monde chrétien traditionnel: Juif déicide, accusé de répandre la peste, persécuté, humilié, mais promu "Juif de cour", privlégié lorsque cela arrange les puissants et les papes.

Opression et Lumières. "Rien à voir avec", c'est vite dit. Un regard lointain montre partout l'oppression, l'émancipaction impossible ou difficile. La Pologne est à cet égard exemplaire, des périodes de tolérance et d'excellent voisinage alternent avec le rejet et la haine, jusqu'aux massacres de juifs après le nazisme, jusqu'au climat "d'antisémitisme sans juifs" du général Moczar...

Saviez-vous que les Juifs ont eu leurs Lumières, la Haskala? Un mouvement qui touche toutes les parties de l'Europe, ashkénaze comme sépharade, et qui, vers 1700, préconise la sortie du ghetto et l'intégration des Juifs dans les sociétés et la culture européenne.

Saviez-vous que l'Inquisition espagnole et portugaise a poursuivi les Juifs jusque dans les colonies fondées par ces deux pays dans les Amériques? Ce n'est pas anodin, car on imagine qu'il y eut beaucoup de naufrages. Se noyer, rien que pour le "plaisir" d'aller torturer des Juifs?

Saviez-vous enfin que les Juifs représentent 1,8% de la population des Etats-Unis et 37% des prix Nobel? Mais vous souhaitez surtout en savoir plus sur le Mossad. Hélas, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa n'y consacrent que cinq lignes. Vous ne pensez tout e même pas avoir droit à tous les secrets!

Faites-vous une raison et découvrez les remarquables cartes de géographie illustrant les (souvent douloureux) exodes d'un peuple "élu mais souvent en ballotage", comme disait Tristan Bernard.

ANDRE MASSE-STAMBERGER