COMPTES RENDUS, EMISSIONS DE RADIO ET DE TELEVISION, RENCONTRES

autour de l'ouvrage Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux

sous la direction de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa

Une édition revue et corrigée de cet ouvrage (initialement publié en 2007 chez Fayard)
a paru en mai 2012, sous le titre Encyclopédie des religions dans la collection de poche "Pluriel".


Vendredi 24 août 2007: Livres Hebdo

Essai: Les religions d'aujourd'hui

Esther Benbassa et Jean-Christophe coordonnent Des cultures et des dieux. Un « outil de liberté » pour la transmission du fait religieux.

Les débats suscités parla loi de mars 2004 sur l'interdiction à l'école des signes religieux ostensibles et sur la « laïcité républicaine » ont mis tout le monde d'accord sur un point : le fait religieux s'impose dans la France d'aujourd'hui mais la culture religieuse des Français laisse à désirer, qu'ils soient croyants ou non. Contradiction renforcée par le développement de religions ou de pratiques peu familières au « catholaïcisme » hexagonal : les diverses formes d'islam, la nébuleuse bouddhiste, les mouvances « non conformistes » américaines, etc.

En lançant Des cultures et des dieux, dans sa « Bibliothèque de culture religieuse », Fayard entend combler ces lacunes. Vingt-huit collaborateurs, universitaires et chercheurs, ont été réunis par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias. Beaucoup sont de la jeune génération, trentenaires ou quadragénaires, même si l'on trouve également des routiers, comme les deux coordinateurs, issus de la Section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des hautes étude, et directeurs, chez Fayard, de la collection « Les dieux de la cité ». « A l'origine, expliquent les maîtres d'œuvre, nous voulions donner des repères pour l'enseignement du fait religieux. Il nous a paru qu'il fallait élargir l'approche pour s'adresser à l'honnête homme et l'honnête femme d'aujourd'hui, sans nous restreindre à la pédagogie. Le fait religieux ne gagne pas à être séparé des autres faits de civilisation. Nous ne pensons d'ailleurs pas qu'on doive en faire, à l'école, l'objet d'une discipline à part. »

II suffit d'ouvrir ce volume de près de cinq cents pages pour s'en convaincre. Très illustré, soutenu par une mise en page novatrice, il offre à la fois des exposés continus, des repères, des extraits de textes, des encadrés, des bibliographies. A l'histoire des religions s'adjoignent l'anthropologie, l'histoire sociale, l'histoire des idées... « On y entre comme on veut, avec le bagage qu'on a ou qu'on n'a pas. On l'ouvre où l'on veut. » Des cultures et des dieux touche la philosophie, la littérature, la musique ou les arts aussi bien que l'histoire proprement dite. «Il ne s'agit donc pas d'une encyclopédie, ni d'un "manuel" au sens strict. Pas de prétention à l'exhaustivité, pas de développements théoriques non plus, précise Jean-Christophe Attias. Nous fixons des cadres, nous fournissons des données précises, sans jamais catéchiser. L'inspiration est laïque sans être laïciste ou laïcarde, en espérant ainsi rendre moins opaque le monde où nous vivons. » Le judaïsme, le christianisme et l'islam tiennent une grande place dans ces « repères pour une transmission du fait religieux ». On appréciera l'accent mis sur les religions d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, moins connues et souvent victimes d'a priori fantaisistes. Avec audace et rigueur, Des cultures et des dieux traite également des sectes, y compris de la scientologie et des multiples syncrétismes fondés sur la parapsychologie.

Le public visé est très large. Ce qui explique l'importance de l'investissement décidé par Fayard et le soin apporté à la fabrication. Des cultures et des dieux pourrait être le prototype des futurs manuels d'histoire et de culture religieuses souvent demandés par les enseignants.

JEAN-MAURICE DE MONTREMY

 

Mercredi 19 septembre 2007: Dépêche n°83711 de l'AEF

Enseignement du fait religieux: un livre pour aider les enseignants.

« Nous avons voulu ce livre pour donner aux enseignants des connaissances sur les religions, et la religion comme un fait de civilisation. Nous évoquons les croyances et les cultes, mais aussi les architectures, l'art, la littérature, la musique, la place des intellectuels dans les grandes traditions, les processus de laïcisation, les contacts entre les religions, qu'ils soient ou non conflictuels. » Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa ont coordonné la publication de Des cultures et des dieux, sous-titré Repères pour une transmission du fait religieux, qui sort aujourd'hui, mercredi 19 septembre 2007, en librairie.

Interrogés par l'AEF, les deux auteurs, tous deux directeurs de recherche à l'EPHE (École pratique des hautes études), estiment que l'enseignement du fait religieux ne constitue pas une discipline en soi. « Nous n'imaginons pas une agrégation du fait religieux. » Ils considèrent en revanche que plusieurs disciplines - philosophie, lettres, histoire, arts plastiques et musique - doivent y participer, et qu'il fallait « donner un outil aux enseignants, ainsi d'ailleurs qu'aux parents, pour comprendre et faire comprendre le fait religieux ».

Leur but « n'est pas de décrire la foi », ils sont tous deux laïcs, mais donnent des témoignages d'auteurs qui permettent « d'entrer dans l'univers mental du croyant ». Ils font aussi le point « de manière rationnelle sur les sectes », sur les femmes dans toutes les religions, sur un certain nombre de questions d'actualité, comme la compatibilité de l'islam avec la laïcité, et entendent présenter « les religions vivantes, telles qu'elles sont dans le monde où nous vivons », avec leurs évolutions et les conflits internes qu'elles connaissent.

DÉFIS

« Nous présentons, sans aucun irénisme, les défis auxquels les religions doivent faire face dans le monde contemporain, et comment elles réagissent face à la laïcité. Nous n'avons pas d'objectif militant, mais nous pensons que combattre l'ignorance permet de créer des ponts entre les religions qui sont égales en dignité, si elles sont également critiquables. Et l'École est le premier lieu du combat contre l'ignorance. »

L'ouvrage comporte un lexique, une filmographie, une discographie, une bibliographie et une liste de sites web, ainsi que des notices biographiques sur des personnages importants. Il réunit les contributions de 28 auteurs, « hommes et femmes à parité, parmi lesquels figurent des chercheurs chevronnés comme de très jeunes chercheurs, de diverses disciplines, histoire, anthropologie, sociologie... »

Les auteurs, membres du groupe de recherche sur les minorités à l'EPHE, organisent par ailleurs, le 26 mars 2008 à la Sorbonne une journée de réflexion sur les enjeux de l'enseignement de l'histoire à l'école, qu'il s'agisse de l'esclavage, de la colonisation, de la Shoah, de l'immigration ou des cultures « dites minoritaires ».

Des cultures et des dieux, Fayard, 452 p., 32 euros.

PASCAL BOUCHARD

 

Samedi 22 septembre 2007, 7h50: "Le chemin de l'école", chronique d'Emmanuel Davidenkoff sur France Info

Consacrée à la question de l'enseignement du fait religieux à l'école, l'émission s'est achevée sur une évocation de l'ouvrage, présenté comme « extrêmement intelligent, mais aussi beau et utile ». E. Davidenkoff l'a spécialement recommandé aux enseignants, mais aussi aux parents.

Pour accéder au site de la chronique d'E. Davidenkoff, cliquer ici.

 

Jeudi 27 septembre 2007: Trends Tendances (Belgique)

Depuis le 11 septembre, le fait religieux a repris droit de cité et cet ouvrage collectif s'efforce d'en donner les clés de manière dépassionnée. La grande majorité des prescriptions du droit musulman, explique-t-il, ne dérive pas du Coran, au demeurant "très elliptique en ce domaine", mais des hadit qui, pendant deux siècles, se sont efforcés de collecter l'enseignement oral du prophète, de sorte qu'une éventuelle modernisation du droit musulman "passera davantage par une réévaluation des hadit que par une relecture du Coran".

 

Octobre 2007: Le Monde de l'éducation

La Bible du fait religieux

Depuis la présentation de son rapport par Régis Debray et le séminaire national qui l'a suivie, en 2002, l'éducation nationale prescrit l'enseignement du fait religieux. A chaque professeur de mettre en évidence, dans sa discipline, la manifestation ou l'influence de la religion considérée comme fait culturel. Certains professeurs se sont saisis de cette opportunité. D'autres non. Pour justifier leur indifférence, les réticents ne pourront plus arguer du manque d'outils. Sous-titré "Repères pour une transmission du fait religieux", dirigé par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, l'ouvrage Des cultures et des dieux comble les lacunes des moins savants. S'il fait la part belle aux trois religions monothéistes - judaïsme, christianisme et islam - , ce livre aborde également les religions d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie. Chaque religion fait l'objet de la même grille d'analyse, origine, histoire, culte, production artistique, sans oublier son aire actuelle d'expansion géographique et les grands problèmes contemporains auxquels elle est confrontée. Les importantes séquences consacrées aux arts et à l'architecture devraient concourir à "la compréhension de la diversité culturelle de la France d'aujourd'hui pour contribuer à la construction d'une culture commune à tous les élèves ", ce qui est précisément le but de la mise en place de cet enseignement. Plus qu'un manuel scolaire, voilà un livre qui devrait intéresser tout lecteur soucieux de comprendre le monde.

CHRISTIAN BONREPAUX

 

Mercredi 2 octobre 2007: Le Monde

Vade-mecum des religions et de leurs enjeux politiques

"Je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l'école. La genèse des grandes religions, leurs visions de l'homme et du monde doivent être étudiées, non, bien sûr, dans un quelconque esprit de prosélytisme, non dans le cadre d'une approche théologique, mais dans celui d'une analyse sociologique, culturelle, historique, qui permette de mieux comprendre la nature du fait religieux."

Ce credo du président de la République, Nicolas Sarkozy, énoncé dans sa Lettre aux éducateurs, publiée cette rentrée, s'inscrit dans une ligne déjà tracée par Régis Debray en 2002. Auteur d'un rapport sur "L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque", le philosophe se voulait alors le promoteur d'une "laïcité d'intelligence" susceptible de donner aux élèves des clés pour comprendre "le religieux". Depuis, la part consacrée aux religions dans les programmes scolaires a peu varié et, hormis quelques expériences ponctuelles, les connaissances des enseignants ont peu progressé sur ce sujet.

L'ouvrage dirigé par Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux, a pour ambition d'accélérer la mise en oeuvre de ce chantier, aujourd'hui assez peu controversé. "La religion ne saurait rester hors du champ des intérêts ordinaires et légitimes de l'honnête homme. Elle en fait au contraire intégralement partie, et que l'on croie ou non n'y change rien", soulignent-ils dans la préface. L'ouvrage qu'il propose est donc un livre "laïque", sans catéchisme ni définition de la religion, sans "discours apologétique" ni "formulation stigmatisante". Récusant toute tentation "relativiste", les deux universitaires revendiquent en revanche le "comparatisme", qui permet selon eux de rendre les religions, proches ou lointaines, moins "exotiques".

Dans un esprit de vulgarisation, les vingt-huit auteurs associés à ce travail, sociologues, anthropologues ou historiens spécialistes des religions, se sont attachés à livrer des clés pour comprendre les grandes religions et la manière dont elles ont façonné le monde contemporain. "Ce sont les religions vivantes qui ont retenu notre attention", insistent aussi les directeurs de l'ouvrage, "les religions mortes ne suscitant pas d'inquiétude particulière dans le public, qui juge à tort ou à raison que leurs enjeux sont éteints". Cette approche "civilisationnelle" justifie la multiplicité des entrées proposées pour chacun des trois monothéismes, ne laissant qu'une centaine de pages aux réalités religieuses en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ainsi qu'aux sectes et aux nouveaux mouvements religieux.

S'il reprend classiquement les aspects historiques, dogmatiques et cultuels de chaque religion, l'ouvrage développe aussi, très largement, la dimension littéraire, artistique ou architecturale liée à chacune d'entre elles. Il dresse le portrait d'écrivains, de peintres, de musiciens ou d'intellectuels dont l'oeuvre est marquée par leur appartenance religieuse. Sont également abordés l'histoire des laïcités et les processus de sécularisation. Mais c'est la manière dont sont présentés les enjeux politiques (historiques ou contemporains) portés par les religions et plus encore les critiques qu'elles ont suscitées à travers les siècles ainsi que les analyses qu'elles portent les unes sur les autres qui nourrissent l'un des aspects les plus intéressants de cet ouvrage.

S'il échappe ainsi au caractère encyclopédique souvent choisi pour présenter les religions, l'ouvrage pêche presque par la diversité de ces entrées. Il paraît vain de l'aborder de manière linéaire. Les auteurs espèrent le voir servir de trame pour un futur manuel scolaire destiné à l'enseignement du fait religieux.

STEPHANIE LE BARS

Article repris sur www.islamlaicite.org (site de l’association Islam et laïcité).

 

Jeudi 4 octobre 2007: Réforme

Pour comprendre le propos de ce livre, un regard sur l'avant-propos nous convainc de son importance. Parce que « le fait religieux connaît incontestablement un regain d'intérêt (avec notamment} la mise en opposition systématique d'un Occident judéo-chrétien, inventeur des droits de l'homme et de la laïcité, et d'un Orient musulman prétendument rétif. Ou encore les revendications communautaristes de certains segments de la société française et les réactions anticommunautaristes qu'elles ont pu susciter ».

Partant de ce constat, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, tous deux directeurs d'études à la section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des hautes études, ont fait appel à des spécialistes du judaïsme, du christianisme, de l'islam, mais aussi des religions africaines, d'Amérique latine, d'Asie ou des nouvelles sectes, comme Patrick Cabanel, Jean-François Colosimo ou Paul Magnin pour n'en citer que quelques-uns. Le tout pour un travail qui se veut non confessionnel et distancié.

« Ce livre n'a pas de mode d'emploi », préviennent Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa. Et c'est là tout son intérêt. On peut s'y plonger par chapitres entiers ou au contraire attraper quelques définitions, les courtes biographies de figures emblématiques de telle ou telle tradition ou s'appesantir plus longuement sur des problématiques : les intellectuels juifs, la foi chrétienne à l'épreuve de l'actualité, le statut de la femme en islam... Cette facilité de lecture, cette liberté de manipulation rendent l'ouvrage accessible au plus grand nombre, qu'il soit public érudit, étudiant en quête d'informations ou animateur de rencontres interreligieuses...

N. L.

 

Jeudi 4 octobre 2007: passiondulivre.com

Pour accéder à la présentation du livre mise en ligne sur passiondulivre.com cliquer ici.

 

Jeudi 11 octobre 2007: L'Express

Les religions, quelle histoire!


Alors que l'Education nationale se demande encore comment enseigner le fait religieux sans heurter les susceptibilités des uns et les convictions des autres, un livre prend le sujet à bras-le-corps et mêle avec bonheur érudition et souci du grand public. Rédigé par une trentaine d'historiens, d'anthropologues, de théologiens et de sociologues de renom, l'ouvrage examine les trois monothéismes - judaïsme, christianisme et islam - ainsi que les religions d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, en mêlant l'histoire, les cultes et la culture. "La religion ne saurait rester hors du champ des intérêts ordinaires de l'honnête homme, est-il écrit. [...] Que l'on croie ou non n'y change rien".

CLAIRE CHARTIER

 

Vendredi 12 octobre 2007: La Tribune

Inventaire des cultes


Comment les grandes religions ont-elles négocié le virage du XXIe siècle? Quels sont les liens et les frictions entre islam, christianisme et judaïsme? Les éditions Fayard proposent un très riche ouvrage collectif qui dresse un état des lieux des trois grands monothéismes, sans oublier les religions asiatiques ou africaines ainsi que les sectes et les nouveaux mouvements religieux. Un inventaire qui se présente comme une compilation d'exposés historiques, de notices biographiques, de tableaux, de cartes et d'illustrations. "L'approche est résolument historienne, anthropologique, culturelle, parce que les religions vivent et évoluent, comme vivent et changent les hommes qui les portent et sans cesse les réinventent", expliquent Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, les concepteurs de cet outil indispensable à une meilleure compréhension des cultures religieuses.

L. P.

 

Samedi 13 octobre 2007: La Voix du Nord

Sous-titré « repères pour une transmission du fait religieux », ce copieux ouvrage codirigé par deux chercheurs de l'Ecole pratique des hautes études, ne se veut ni encyclopédie ni inventaire. En s'imposant comme règle « décloisonnement et transversalité », les auteurs abordent les religions « comme des constructions culturelles ayant une fonction sociale ». Textes courts et informés puisant à l'histoire aussi bien qu'à l'actualité, encadrés, glossaires. Un travail remarquable de clarté.

J.-M. D.

 

Vendredi 19 octobre 2007: L'Echo de l'Ouest

Eveil au fait religieux

...Tous ceux qui s'intéressent aux faits religieux seront heureux de découvrir un épais volume titré : Des cultures et des dieux, qui a pour sous-titre Repères pour la transmission du fait religieux. C'est un immense travail destiné à un très large public, aussi bien pour les pratiquants d'une religion que pour toute personne intéressée par les religions. L'ouvrage est dû à la collaboration de nombreux universitaires, professeurs et chercheurs, sous la direction d'Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, tous les deux directeurs d'études à l'École pratique des hautes études. L'ouvrage débute par une série de chapitres sur le Judaïsme, avec l'historique, puis son évolution et son existence actuelle, ainsi qu'un regard sur le culte. Puis vient une présentation du Christianisme, avec sa naissance, son développement, son état actuel. Sont aussi présentés l'orthodoxie et le protestantisme. On remarquera le chapitre titré la foi chrétienne à l'épreuve de l'actualité. Ces chapitres qui traitent du christianisme occupent un tiers du volume. Vient ensuite un long traité sur l'islam. On lira avec surprise les chapitres sur l'islam et la musique ou islam et politique. Ce travail sur les faits religieux se poursuit par un regard sur les religions africaines, celles d'Asie et celles d'Amérique latine. Une documentation fort précieuse, qui ne néglige pas la place des sectes et autres mouvements religieux. Pour rester dans l'actualité, le dernier chapitre s'intéresse à l'enseignement du fait religieux dans le respect de la laïcité.

Cet ouvrage n'est pas dogmatique pour telle ou telle pratique religieuse. C'est un ouvrage de vulgarisation sur les religions dans le monde. Cornment parler de telle secte, ou de tel livre religieux si on ignore l'histoire et l'enseignement des pratiquants concernés? Un livre que l'on ouvre à n'importe quel chapitre pour mieux connaître et comprendre le comportement de voisins ou d'amis, ou de faits d'actualité. Un ouvrage pour meubler la culture de tout « honnête » homme du XXIe siècle....

GUY PERRAUDEAU

 

Dimanche 21 octobre 2007: Radio Orient

12h: Jean-Christophe Attias invité de Pascal Boniface sur Radio Orient.

 

Jeudi 25 octobre 2007: Le Figaro littéraire

...Si donc l'ignorance de son identité religieuse menace gravement l'Europe, on ne peut que saluer l'initiative qui a réuni une équipe de spécialistes (sous l'autorité de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa) avec la mission de dresser un tableau aussi complet que pédagogique des religions « vivantes ». Dans un ouvrage destiné à tous les publics, « enseignants et parents, étudiants et lycéens, jeunes et moins jeunes », les différents contributeurs nous livrent une étude dépassionnée du phénomène religieux, susceptible de combler le déficit culturel qui frappe la société...

STEPHANE BOIRON

 

Jeudi 25 octobre 2007: La Croix

L'inculture religieuse est un fait avéré. C'est à cette situation, tant de fois déplorée, que veut remédier ce volume collectif. Mais comment réaliser « une approche raisonnée des religions comme faits de civilisation », pleinement respectueuse de la laïcité, ainsi que le suggérait le rapport Stasi en 2003 ? C'est le pari qu'ont réussi à tenir les réalisateurs, d'éminents spécialistes, en présentant les grandes religions de notre espace culturel immédiat, mais aussi celles de l'Asie et de l'Afrique. Il ne s'agit donc, pas d'un « catéchisme », mais de dossiers bien informés, dont chacun fera « l'usage qui lui convient ». « Ce livre n'a pas de mode d'emploi. On y entre comme on veut. On l'ouvre où l'on veut. »

M. N.

 

Lundi 29 octobre 2007: France Ô

19h45: Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias invités de Ahmed El Keiy sur le plateau de Toutes les France sur France Ô. Thème de l'émission: "Retour du religieux : spirituel ou dangereux ?"

 

Mardi 30 octobre 2007: Fréquence protestante

12h: Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias invités de Jacques Fischer sur la radio Fréquence protestante.

 

Mercredi 31 octobre 2007: France Culture

17h-18h: Participation d'Esther Benbassa à l'émission de radio Du grain à moudre, sur France Culture.

 

Jeudi 1er Novembre 2007: Le Point

Dieu dans tous ses états

L'équipe rassemblée par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, directeurs d'études à l'Ecole pratique des hautes études, propose un tour des religions en moins de 450 pages érudites et didactiques. L'ouvrage n'est ni un « Que sais-je? » cursif ni une somme rébarbative.« Notre but est de populariser le savoir, pas de faire oeuvre encyclopédique », explique Benbassa. Ce livre laisse la part belle aux textes, rédigés par vingt-huit spécialistes, tous laïcs. Des cartes, photographies et encadrés, souvent inédits, enrichissent et ouvrent le propos. Attias et Benbassa ont des religions une vision large, lesquelles sont appréhendées comme fait culturel. Les auteurs ne s'interdisent, donc, aucun détour vers le cinéma, la littérature, la musique et replacent ces croyances dans leur jus contemporain. « Nous vivons entourés de symboles religieux », souligne Benbassa. Il suffit d'ouvrir les yeux.

JERÔME CORDELIER

 

Vendredi 2 novembre 2007: Oumma.com

Interview vidéo d'Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias sur Oumma.com.

 

Samedi 3 novembre 2007: Radio Aligre

16h-17h: Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias invités de l'émission Youyous et chuchotements sur Radio Aligre.

 

Samedi 3 novembre 2007: Libération (entretien)

L’école n’a pas le droit de faire silence sur le fait religieux»

Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa sont directeurs d'études à la section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des hautes études (Sorbonne) et intellectuels publics, engagés dans diverses actions de promotion de la diversité, tel le Pari(s) du vivre-ensemble (en mars 2006). Auteurs de nombreux ouvrages dont Juifs et musulmans (la Découverte, 2006), Petite histoire du judaïsme (Librio). Il publient chez Fayard un livre collectif intitulé Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux. Objectif: fournir aux élèves, à leurs parents et à leurs maîtres des clés pour comprendre le double phénomène de sécularisation et de retour du religieux en ce début de XXIe siècle.

Quel intérêt d’enseigner le «fait religieux» dans des sociétés sécularisées comme les nôtres ?

Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa : La sécularisation dont vous parlez est un phénomène circonscrit, et même bien français. Presque une illusion d’optique. Même ici, et partout autour de nous, le religieux est présent. Notre quotidien, notre culture sont saturés de références religieuses. L’architecture, et pas seulement celle des églises, la musique, la peinture, la littérature, les comportements... La planète entière est religieuse, Occident, Orient, Extrême-Orient. Impossible de faire l’impasse sur un phénomène aussi ancien et aussi massif. Et qui continue d’inspirer tant de combats, parfois violents. La religion est encore le socle de nombre de sociétés, y compris les plus démocratiques, comme les Etats-Unis. Il faut bien que nous allions chercher les clés de compréhension de notre histoire et de notre monde là où elles sont. Certaines sont religieuses, que nous le voulions ou pas, que nous y croyions ou non. Nous-mêmes, et nombre des membres de l’équipe que nous avons réunie, ne sommes ni croyants, ni pratiquants, mais nous nourrissons une curiosité à la fois intellectuelle et citoyenne pour le fait religieux. Un de nos objectifs est précisément d’aider à transgresser certaines des frontières imaginaires et étanches que certains se plaisent à ériger entre laïcité et religion.

Qu’entend-on par «enseignement du fait religieux» ? S’agit-il d’une forme de catéchisme laïc ?

J.-C.A. et E.B. : Sûrement pas. Le fait religieux, c’est plutôt les religions comme faits de civilisation. Par ailleurs, le fait religieux n’a pas à devenir une discipline scolaire à part. Au contraire, toutes les disciplines déjà existantes peuvent être sollicitées : lettres, langues, histoire et géographie, philosophie, musique, arts plastiques… On échappera ainsi au simplisme des lectures unilatérales. Seule une lecture transdisciplinaire et transversale du fait religieux peut le mieux rendre compte de la complexité du monde.

Peut-on être ému par l’architecture d’une église ou la beauté d’une œuvre musicale sans culture religieuse ?

J.-C.A. et E.B. : Sans doute. Mais l’émotion n’est pas tout. Et elle s’approfondit et s’affine avec le savoir. Faute de culture religieuse, une bonne part de l’histoire de l’art occidental, pour ne parler que de lui, devient opaque. Nous avons besoin de savoir pour redécouvrir et apprécier plus pleinement ce que nous avons omis d’apprendre, ou ce que nous avons simplement oublié.

Autrefois, les gens avaient-ils vraiment une plus grande culture religieuse qu’aujourd’hui ?

J.-C.A. et E.B. : Difficile à dire. En France, à tout le moins, la longue lutte des laïcs, la bataille pour la séparation entre l’Eglise et l’Etat, la tradition anticléricale ont finalement abouti à faire de la culture religieuse la chasse gardée des familles et des Eglises. Pour la grande masse de ceux qui ne pratiquent pas – soit la grande majorité de nos concitoyens –, la religion est au mieux quelque chose de sympathique, ou d’exotique, et de plus ou moins indéchiffrable.

Comment expliquez-vous cette perte de culture religieuse ?

J.-C.A et E.B. : Une des grandes illusions de la modernité est d’avoir cru que le progrès, la science et le triomphe de la raison viendraient à bout des derniers vestiges d’un obscurantisme dépassé – la religion. Or la religion n’a pas disparu, elle revient en force, qui plus est politisée, et nous n’y comprenons plus rien. Nous oublions parfois que les limites de notre monde ne sont ni les frontières de la France, ni même celles de l’Europe. Il faut aller voir ailleurs. Lire le fait religieux, approfondir cette culture religieuse hélas un peu en déshérence dans notre pays, est un bon moyen d’appréhender notre vaste monde et sa diversité.

Certains groupes opèrent en France un retour vers une pratique religieuse parfois très intense. Cela s’accompagne-t-il, de leur part, d’un approfondissement culturel ?

J.-C.A. et E.B. : On assiste effectivement à un double phénomène, très contrasté. D’un côté, globalement, une forte déperdition de culture religieuse. De l’autre, un retour visible à des formes d’auto-affirmation religieuse parfois dures. Pour autant, le petit juif qui jure sur la Torah ou le petit musulman qui se réclame du Coran ne savent pas forcément grand-chose de leurs religions respectives. Et lorsque prime l’exigence d’«authenticité», salafisme pour certains, ultra-orthodoxie pour d’autres, le résultat, sur le plan culturel justement, peut être d’une rare pauvreté. Si bien que les religieux, eux aussi, peuvent manquer de culture religieuse. Il n’y a pas d’authenticité en religion plus qu’en autre chose. Imprégnations mutuelles, métissages, reformulations constantes, voilà la règle. Il y a du judaïsme dans l’islam, de l’islam dans le judaïsme, et de la religion dans l’athéisme le plus militant ! Regardez l’Afrique, l’Amérique latine ! Ce sont de véritables laboratoires de production des religions modernes. Même les formes religieuses les plus rigoureuses, se présentant comme un retour à la pureté des origines, sont des réponses typiquement modernes aux défis du monde d’aujourd’hui.

Retour au religieux et revendications communautaires, on a l’impression que les deux choses vont de pair. Pourquoi ?

J.-C.A. et E.B. : Pour certaines minorités, la religion devient un élément fédérateur. Elle procure un sentiment d’appartenance fort, fabrique un «entre-soi» réconfortant. Se proclamer musulman, c’est sans doute revendiquer une filiation culturelle, affirmer une foi. Mais c’est aussi une façon de répondre au mépris, aux discriminations. Par ailleurs, revenir à la religion des siens, y compris au travers d’une pratique exigeante, est aussi une forme de résistance à l’uniformisation et à l’indifférenciation. On veut bien tous manger des hamburgers, mais c’est tout de même autre chose de les manger cacher ou halal. Coca-cola d’un côté, Mecca Cola de l’autre… Face au flux d’un temps trop rapide, à des transformations intenses, à la dissolution des identités dans une globalisation galopante, on peut choisir de se replier dans sa coquille. La religion, qui a fait ses preuves dans la longue durée, est perçue par certains comme un rempart sûr. Quitte à oublier que la religion elle-même a évolué au fil de l’histoire et qu’elle est aussi fluctuante que les identités qu’on lui demande de sauvegarder… Ainsi vont les constructions identitaires de l’ère d’Internet, dans un contexte de self-service généralisé et d’aspiration à un bien être constant. L’Occident demeure profondément individualiste et les revendications «communautaires» en restent marquées. Les communautés sont en fait imaginées par des individus courant derrière l’utopie des recompositions rassembleuses d’un autre temps, qu’ils ne supporteraient pas forcément très longtemps si elles devenaient réalité, tant le souci de soi domine les comportements.

Vous dites qu’enseigner le fait religieux est aussi une façon de répondre à certains intégrismes. Est-ce à l’école de le faire ?

J.-C.A.et E.B. : De nombreuses personnes, des jeunes notamment, cherchent une forme de spiritualité, mais sont déboussolées. Si elles n’ont pas de réponse à la maison, c’est à l’école de les éclairer, de leur donner les clés qui leur font défaut pour choisir librement. Le rapport Obin (1) s’étonnait que des enseignants répondent aux questions d’ordre religieux que posaient les élèves. Mais si les jeunes n’ont de réponse ni à la maison, ni à l’école, il ne faut pas s’étonner qu’ils deviennent la proie de mouvements prosélytes plus ou moins bien inspirés. L’école n’a pas le droit de faire silence sur le fait religieux. En outre, il est temps de prendre sérieusement en compte la diversité de l’école et de la société. Il n’existe pas de sociétés faites d’une seule pièce. Certes, les nationalismes ont aspiré à les unifier en créant un homme nouveau uniforme. Et ils ont largement échoué. Les nations s’enrichissent de cette diversité, même si les décalages culturels ne sont pas toujours faciles à gérer. La répression ou l’occultation sont des remèdes sans effet à long terme. Il est urgent de relire ces questions avec de nouvelles grilles. L’étude du fait religieux n’a pas vocation à devenir le tremplin d’un dialogue interreligieux auquel, quant à nous, nous croyons peu. En revanche, approfondir la connaissance de ce qui pourrait séparer est peut-être une manière, indirecte mais efficace, de rapprocher. Ce livre essaie aussi, à sa façon, de répondre aux questionnements soulevés par l’arrivée, dans la sphère scolaire, d’enfants issus de cultures et de religions qui ne nous sont pas toujours familières.

Comment votre ouvrage est-il accueilli ?

J.-C.A. et E.B. : Globalement très bien, y compris par les enseignants, leurs associations, leurs organisations professionnelles. Les professeurs de lettres se montrent souvent disposés à enseigner des textes tirés de la Bible, du Coran, des grandes traditions religieuses. Du côté des enseignants d’histoire, c’est forcément un peu plus compliqué. Dans ces milieux, la tradition laïque pèse peut-être davantage. Ils se sentent dépositaires de l’histoire nationale. D’une histoire placée sous le signe des Lumières, orientée vers un monde contemporain perçu comme très sécularisé. Les enjeux d’un tel livre sont importants, il faut le reconnaître. Nous sommes optimistes et convaincus qu’il trouvera peu à peu sa place. Il y a un travail d’explication à mener, c’est certain, et nous le faisons. Les parents ont eux aussi un rôle essentiel à jouer. Et les jeunes, quant à eux, ont encore des choses à apprendre. Ensemble, nous serons peut-être plus à même de contribuer à décrisper les rapports des diverses cultures et religions que nous côtoyons quotidiennement. Faisons le pari de la réussite, sans irénisme, mais en toute connaissance de cause, et en évitant toute stigmatisation.

Votre ouvrage est divisé en grands chapitres par religion. Quelle différence avec une encyclopédie ou un dictionnaire ?

J.-C.A. et E.B. : Nous n’avons pas voulu tout dire sur toutes les religions à toutes les époques. Nous avons essayé de partir des questions que les gens se posent, et d’y répondre. Nous parlons de la place des femmes dans le judaïsme et dans le christianisme, car il n’y a pas que les femmes musulmanes qui ont subi et subissent encore le poids de la discrimination religieuse. Nous avons étudié tous les aspects des religions vivantes, y compris des religions de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique latine, et sans faire l’impasse sur la violence, les relations avec la politique, les processus de sécularisation, l’athéisme. Voltaire, ici, côtoie Jésus. Nous parlons du foulard dans l’islam, en comparant les législations européennes, évidemment sans trancher. Nous parlons de la musique en islam, de la représentation du prophète. Et dans le chapitre sur le judaïsme, nous avons utilisé la photo du mariage de deux juifs gays, célébré par une femme rabbin !

Il est une question à laquelle vous ne répondez pas, c’est le procès en illégitimité fait à des enseignants, notamment en banlieue, par certains élèves intégristes. Quelles solutions proposez-vous ?

J.-C.A. et E.B. : Un enseignant n’est pas un prêtre, un rabbin, un imam. Dans ce rôle-là, il est forcément illégitime. Mais s’il est compétent, s’il est capable de mettre en évidence la richesse et la diversité culturelle des traditions religieuses qu’il évoque, peut-être pourra-t-il se faire entendre. Faire savoir et, du même coup, rendre possible un vivre-ensemble. Ce livre est destiné à l’y aider. En espérant qu’en paraîtront bientôt des déclinaisons à destination des élèves de collège et de lycée. C’est une perche que nous tendons. Aux intéressés de la saisir. Ce livre est une sorte de lieu de rencontre, où chacun est libre d’entrer par la porte qui lui plaît. Biographies, encadrés, bibliographies, filmographies, glossaires, exposés linéaires, extraits de textes, il y en a pour tous les goûts. Mais ce n’est pas un labyrinthe, on ne s’y perd pas. Nous en avons fait l’expérience. Dans le pire des cas, les illustrations montrent le chemin.

(1) Rapport de Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l’Education nationale, sur «les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires», juin 2004.

Recueilli par CATHERINE COROLLER

 

Samedi 3 novembre 2007: Ouest-France

Pour mieux comprendre les religions. Essai

Voici un livre qui comble une vraie lacune. Réalisé sous la direction de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa (spécialistes en sciences des religions), il entend proposer une approche " sans préjugés " du fait religieux. " Une manière de combattre l'ignorance et d'oeuvrer au rapprochement ", estiment les deux porteurs du projet.

Mais ce livre n'est pas, pour autant, une encyclopédie du judaïsme, du christianisme, de l'islam ou des religions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. C'est encore moins un livre engagé du côté de telle ou telle religion. Non, l'approche est résolument " historienne, laïque et anthropologique ". Il s'agit de comprendre, à l'heure de la montée des intégrismes et du communautarisme, comment les religions ont pu " animer, inspirer, transformer la civilisation humaine ".

Il y a, bien sûr la violence qui leur est inhérente, parce que " la violence fait partie de l'histoire des hommes et fait donc partie de celle des religions ". Mais le livre ne manque pas, en abordant les religions l'une après l'autre, de souligner ces autres marqueurs identitaires que sont la sociabilité, l'expression de la foi ou l'appartenance à un groupe.

Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa ont eu le souci, en suscitant la contribution d'éminents auteurs (Olivier Roy, Jean-François Colosimo, Denis Pelletier...) de favoriser une approche pluridisplinaire des religions. Leur livre est une contribution citoyenne au " mieux vivre ensemble ", dans le droit fil de leur engagement en faveur du dialogue des cultures et du rapprochement des peuples.

P. T.

 

Lundi 5 novembre 2007: Bondy Blog

Des cultures et des dieux : quand l’incompréhension vient de l’ignorance

Jean Christophe Attias et Esther Benbassa, universitaires spécialisés dans l’histoire du judaïsme et lauréats 2006 du Prix Françoise Seligmann contre le racisme militent depuis plusieurs années pour le rapprochement et la compréhension entre les religions. Nous les avons rencontrés à l’occasion de la sortie de leur dernier livre : « Des cultures et des Dieux » (Fayard), pour aborder avec eux l’importance du fait religieux et sa place dans la société française.

Interview

Dans ce livre vous présentez de manière très complète l’ensemble des religions en les inscrivant dans un contexte social, historique, culturel. Quelle est votre ambition ?

L’ambition c’est d’abord de présenter ces religions comme un fait de civilisation. On a beau ne pas être pratiquant ou religieux, la religion est partout. On sort de chez soi, on voit une église, une femme voilée ou un homme avec une kippa. L’incompréhension vient aussi de l’ignorance. Aujourd’hui beaucoup d’enseignants et de parents ne savent pas répondre à certaines questions. Nous pensons aussi que pour les enfants issus de la diversité, en particulier les enfants d’origine musulmane, on réduit leur culture à l’islamisme, aux attentats, aux émeutes de banlieue. On peut enseigner à ces enfants que leur religion a aussi été une grande culture, une littérature, une architecture, une musique… et qu’ils ne sont pas seulement des immigrés qui seraient venus nus et à qui l’occident aurait tout apporté. Ce livre est une façon de créer des ponts entre tous les enfants.

A qui s’adresse ce livre en priorité ?

Nous voulons toucher un large public qui est ignorant des questions religieuses mais qui a de vraies curiosités. Ces curiosités, en général, les ouvrages disponibles n’y répondent pas car ils évitent les questions délicates. Nous n’avons pas fait de censure. Nous abordons les religions sous tous leurs aspects. Les aspects civilisationnels, artistiques, littéraires philosophiques, mais nous abordons aussi la violence religieuse, les conflits entre les religions. Nous nous sommes demandés quelles questions se posent les gens sur les religions et nous avons essayé d’y répondre.

Le dernier chapitre est consacré à l’enseignement du fait religieux à l’école. Ne pensez-vous pas que cet enseignement peut entrer en conflit avec la laïcité ou créer des tensions supplémentaires dans les classes ?

On ne demande pas un enseignement du fait religieux. Nous demandons à ce que les IUFM forment les enseignants aux faits religieux pour que chaque professeur puisse, dans sa matière, utiliser des éléments de ce livre. Il ne faut pas qu’il y ait un enseignement du fait religieux comme matière car cela va rigidifier cet enseignement. Il doit être transversal. Dans le contexte français, cela ne paraît pas possible mais c’est le cas aux Pays-Bas ou en Suisse, où on enseigne la religion. Aujourd’hui la mémoire collective française est laïcisée mais c’est un laïcisme d’imprégnation chrétienne quand même. Cette laïcité pour qu’elle prenne sa forme la plus large a besoin de connaître aussi les autres religions pour éviter toute stigmatisation.

Depuis quelques années, vous êtes sortis un peu de votre position d’ « intellectuels » et vous menez de plus en plus des actions citoyennes.

Nous avions organisé une rencontres « juifs et musulmans » en pleine Intifada en regroupant 1500 personnes à La Sorbonne ou « le pari(s) du vivre ensemble ». L’intellectuel doit être actif car le savoir n’est pas suffisant pour changer le monde. On voit lorsque nous créons les conditions de rencontres qu’il se passe des choses. Les gens discutent, se disputent parfois. Il est vrai que dès qu’on aborde des sujets politiques, on voit remonter les murs d’incompréhension, des crispations mais, même cela, il faut que ça sorte. La diversité est une réalité, il ne faut pas que ce soit un problème. Le vrai problème, c’est que les élites ont peur de la diversité car les gens qui en sont issus ont la rage de réussir et de faire changer les choses. La diversité remet les élites en question, cela peut leur faire une vraie concurrence. On peut faire tout ce qu’on veut, si les élites ne poussent pas, on n’arrivera pas à changer les choses. On est une goutte d’eau. Notre seul espoir, c’est de toucher ceux qui forment les élites pour les inciter à mieux faire accepter la diversité, mais cela prendra du temps.

Vous dites qu’il y a une certaine guerre de mémoires qui se livre en ce moment, notamment entre le CRIF, le CRAN … Ce sont des propos qui ne sont pas très courants. (Réponse audio sur le site de Bondy Blog)

Beaucoup ont dénoncé ces dernières années le développement d’un « nouvel antisémitisme », notamment dans les quartiers. L’avez-vous constaté et comment l’expliquez-vous ? (Réponse audio sur le site de Bondy Blog)

NB: L'intégralité du texte et les réponses audio aux deux dernières questions sont consultables sur 20minutes.bondyblog.fr

Propos recueillis par MOHAMED HAMIDI

 

Lundi 5 novembre 2007: www.laicite-laligue.org

La connaissance des faits religieux en tant que faits sociaux, historiques, culturels… a suscité ces vingt dernières années un débat un peu confus au sein du monde laïque et de ses organisations, syndicats d’enseignants, associations de parents d’élèves… La présentation de l’ouvrage « Des cultures et des dieux » requiert donc en préliminaire quelques éclaircissements sur le fonds de la question. Les laïques n’ont jamais été opposés à l’étude scientifique des religions. De nombreux auteurs ayant illustré la pensée laïque ont étudié des aspects de certaines religions: Voltaire, Renan, Maxime Rodinson, Jean-Pierre Vernant... Les républicains de la belle époque ont fondé, au sein de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) la fameuse V° section, la Section des sciences religieuses. C'était en 1886, au moment même où les Universités catholiques perdaient leur statut. De son coté Emile Guimet fondait le musée qui portera son nom plus tard. Il y présentait les religions dans une perspective comparatiste. En Belgique un Institut d'Etude des Religions et de la laïcité été créé au sein de l'Université Libre de Bruxelles, fief de la laïcité militante.

La question a pris une nouvelle ampleur avec la remise en février 2002 du rapport de Régis Debray sur «l’enseignement du fait religieux dans l’Ecole laïque ». Tous les éléments sont mis en perspective: le fait religieux est un fait sociologique qui s’inscrit dans l’histoire, la géographie, les lettres… et doit donc être intégré dans l’enseignement impartial de ces disciplines. Mais il faut refuser de promouvoir une matière à part entière. Les distinctions cruciales sont faites: entre catéchèse et information, entre l’approche confessionnelle et l’approche scientifique…

Dans ce cadre objectif, et donc laïque, la publication de cet imposant ouvrage collectif vient à son heure. Ce n’est pas un hasard, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa sont directeurs d’études à la Section des Section des sciences religieuses de l’EPHE. Ces deux chercheurs sont également des acteurs reconnus du débat public, non seulement par leurs essais, notamment sur ce que Albert Memmi appelle la « judéité », mais aussi par leurs initiatives dont le « Paris du vivre-ensemble » du 19 au 26 mars 2006.

L’objectif est défini en trois pages concises : la prise en compte de l’impact actuel du fait religieux, en particulier depuis les attentats du 11 septembre 2001, le refus du « choc des civilisations », l’accentuation sur les religions monothéistes dans leur déploiement actuel (les trois quarts de l’ouvrage),le souci de la clarté (avec de très nombreux encadrés et illustrations), la volonté de transversalité grâce à l’appel à toutes les sciences humaines et la mobilisation des meilleurs spécialistes. Une trentaine d’universitaires ont ainsi détaillé judaïsme, christianisme et islam au travers de l’histoire, des littératures, des cultes, des arts, de leur impact, direct ou indirect, dans le monde intellectuel et bien sûr l’actualité politique.

Les religions d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie sont également présentées dans un panorama plus concis (car moins pratiquées en France et en Europe) mais synthétique, proposant l’essentiel à connaître sur chacune d’entre elles. Et surtout elles ne sont pas dévalorisées face aux religions monothéistes, comme c’est souvent le cas par une réduction à un animisme rustique (sauf pour l’hindouisme et le bouddhisme en Asie). Un chapitre sur les sectes et nouveaux mouvements religieux propose une typologie et analyse l’accélération de la mondialisation religieuse. Le rappel du débat sur la nécessité de la connaissance des faits religieux et un index des auteurs concluent cet ouvrage de référence.

Document également consultable sous format pdf sur www.laicite-laligue.org

 

Jeudi 8 novembre 2007: Témoignage chrétien

Chercheurs aussi renommés que contestés, et citoyens très engagés, Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias ont réussi en quelques années à sortir les études juives de la confidentialité. Portrait d'un couple de chercheurs libres.

Le couple infernal du judaïsme français, par Jérôme ANCIBERRO

Dans une société bien ordonnée, ils se contenteraient d’animer des séminaires très pointus avec leurs étudiants, de publier régulièrement des articles dans des revues à comité de lecture et, éventuellement, d’intriguer gentiment afin d’assurer leur place et leur postérité dans la hiérarchie universitaire. Raté. « Notre vie, ce n’est pas seulement la section des sciences religieuses de l’École pratique des hautes études », explique Jean-Christophe Attias, qui revendique avec sa compagne Esther Benbassa une « conception globale du métier d’universitaire ». La recherche, l’enseignement, la vulgarisation, l’engagement : le couple est présent à chacun de ces niveaux.

Converti

La section des sciences religieuses de l’École pratique des hautes études (EPHE), où ils sont tous deux directeurs d’études, est un lieu unique dans la France laïque. Depuis 1886, on y étudie scientifiquement une bonne partie du champ religieux, du chamanisme sibérien aux pratiques rituelles de l’Afrique noire. Jean-Christophe Attias y occupe la chaire de judaïsme rabbinique, Esther Benbassa celle d’histoire du judaïsme moderne et contemporain. L’élection du premier il y a une dizaine d’années n’a pas été de tout repos et a alimenté la chronique universitaire. Il a fallu s’y reprendre à trois fois. Pas pour des raisons académiques. « Du côté de mes collègues enseignants-chercheurs, il n’y avait aucun problème », explique Jean-Christophe Attias, « les réticences venaient d’ailleurs ». C’est-à-dire ? Le professeur Attias hésite. Esther Benbassa, qui n’aime pas tourner autour du pot, s’anime : « Il était jeune et surtout, il n’était pas 100% cacher ! » Explications. La chaire de judaïsme rabbinique a longtemps été considérée en France comme la vitrine universitaire de la communauté juive institutionnelle. Il était donc d’usage que ses titulaires en soient issus ou soient au moins agréés par elle. Usage d’un esprit moyennement laïque, mais qui convenait apparemment à tout le monde. Du coup, ce sont souvent des rabbins reconnus par le Consistoire qui ont occupé cette chaire. « Des vrais savants », précise Jean-Christophe Attias qui évoque avec respect son prédécesseur immédiat qui faisait cours avec la kippa. « C’était une sorte d’accord tacite avec les étudiants. Le discours était scientifique, mais celui qui le tenait était aussi un homme de foi, et il s’agissait tout de même de judaïsme rabbinique... » Circonstance sans doute aggravante pour le non-rabbin Jean-Christophe Attias : c’est un converti. Son père était juif, mais sa mère catholique (et charentaise). « Je me suis converti à la vingtaine, à un judaïsme franchement orthodoxe. Depuis, les choses ont changé. Mais si ça peut vous rassurer : je me sens toujours très juif. » Esther Benbassa, elle, est issue d’une longue lignée séfarade installée en Turquie. Elle est athée. À 15 ans, elle part en Israël, dans un kibboutz. Elle commence ses études à l’université de Tel-Aviv, les continue à Paris. Elle hésite beaucoup quand on lui demande quelle est sa langue maternelle. « Je connais beaucoup de langues, sept ou huit peut-être, je ne sais pas. Je ne les parle pas toutes parfaitement. Il m’arrive de les mélanger avec certains amis. Mes parents parlaient grec, ou espagnol quand ils voulaient qu’on ne les comprenne pas. J’ai appris le turc à l’école, ma nourrice et mes voisins étaient arméniens... C’est d’ailleurs chez eux que, toute petite, je suis tombée amoureuse de Jésus. On voyait ses images partout. Il était très beau avec sa barbe. Bref, mon identité s’est construite comme ça, dans la pluralité. » Autour d’eux, à l’EPHE, une sorte d’école s’est constituée. « On a essayé de créer un lieu de réflexion et d’échanges intellectuels parfaitement libre », explique Jean-Christophe Attias qui entend « normaliser et banaliser les études sur le judaïsme ». La part des étudiants non juifs qui se lancent dans les études juives à l’EPHE est d’ailleurs en augmentation. « C’est une bonne chose », commente Esther Benbassa. « Cela permet de lever certaines inhibitions que nous pourrions avoir sans en être forcément conscients, parce que nous sommes proches de notre objet d’étude, ou parce que nous sommes trop impliqués dans les débats du moment. » Un exemple ? « J’ai un étudiant qui teste l’hypothèse du sionisme comme nationalisme mâle, sur le modèle des nationalismes du xixe siècle, les femmes ayant surtout pour rôle d’enfanter afin d’assurer un certain niveau démographique. Je ne sais pas si cette hypothèse est valable, mais il n’est pas aberrant de l’étudier d’un point de vue scientifique. Moi, je ne l’aurais pas fait spontanément. » « On travaille à l’américaine », continue-t-elle, sans cacher que son modèle académique se trouve quelque part au-delà de l’Atlantique. Pour les études juives à l’EPHE, des fonds récoltés auprès de mécènes privés permettent de faciliter les achats de livres dès qu’ils sortent, de financer les séjours d’étude des étudiants là où se trouvent les archives sans attendre des mois voire des années.

Une histoire partagée

Le couple Benbassa-Attias est connu bien au-delà du cercle académique. C’est qu’ils n’hésitent pas à participer publiquement aux grands débats de société de notre temps. En mai 2004, à une époque où la violence du conflit israélo-palestinien atteignait des sommets et où les actes antisémites ou assimilés se multipliaient en France, ils avaient conçu et organisé la journée de rencontres « Juifs et musulmans : une histoire partagée, un dialogue à construire », qui avait rassemblé un bon millier de personnes au grand amphi de la Sorbonne. Les actes de cette rencontre, publiés aux éditions de la Découverte, leur ont valu en 2006 le prix Françoise Seligmann contre le racisme. Cette même année, ils lancent le « Pari(s) du Vivre-ensemble », une semaine « pour la rencontre des différences et la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ». Leurs noms apparaissent au bas de plusieurs appels ou pétitions publiés dans la presse nationale, comme l’appel « Liberté pour l’histoire ! », par lequel plusieurs centaines d’historiens soulignaient fin 2005 les risques pour la recherche scientifique de l’application de plusieurs lois, dont celle du 23 février 2005 qui prévoyait que les programmes scolaires d’histoire reconnaissent « le rôle positif » des Français dans les ex-colonies. Plus que son compagnon, Esther Benbassa n’hésite pas à se lancer dans l’arène, même lorsque le combat s’annonce saignant. Un exemple parmi d’autres : le 6 juin 2006, elle publie dans Libération avec François Burgat, politologue et spécialiste du monde arabo-musulman, une tribune dont le titre sent la poudre : « Non au boycott du Hamas! » Elle y explique en quoi le refus israélien et européen de traiter avec le Hamas conduit à une remise en cause paradoxale des principes d’humanisme et de progrès au nom desquels on prétend justement justifier ce refus. Forcément, ce genre de prise de position la place dans le collimateur des chasseurs « d’islamo-gauchistes ». Lorsqu’on évoque cette fine expression, Esther Benbassa hausse les épaules et prend un air désolé. Jean-Christophe Attias, lui, s’en amuserait presque : « Franchement, “ islamo-gauchiste”... Si le débat n’était pas aussi violent, ce serait plutôt drôle, non ? » Cette brutalité des échanges les inquiète tout de même un peu. La mine d’Esther Benbassa s’assombrit encore lorsqu’on évoque les reproches qui lui sont parfois faits au sein de la communauté juive d’être « trop séfarade » dans sa manière de traiter l’histoire récente du judaïsme. Elle traduit aussitôt pour son compagnon qui lève un sourcil étonné : « Rien à voir avec la science historique. En gros, ça veut dire sans le dire que je parlerais de la Shoah avec légèreté parce que je suis séfarade, et que les Séfarades sont censés ne pas pouvoir comprendre la Shoah parce qu’ils ne l’ont pas vécue. C’est d’abord une erreur historique. Les juifs de Salonique en savent quelque chose. Et c’est surtout typique de la dérive culturelle que vit aujourd’hui la communauté. Une bonne partie des juifs de France originaires d’Afrique du Nord se sentent d’ailleurs obligés eux aussi de cultiver cette histoire pour être pleinement juifs. » Le débat, interne à la communauté juive, est en effet difficile. Et miné, faut-il le préciser... « Ces questions sont traitées de façon beaucoup plus libre dans les pays anglo-saxons », soupire Esther Benbassa. « En France, sur ce type de sujet, impossible de discuter rationnellement, les insultes fusent tout de suite... La culture du judaïsme dans ce pays est devenue exsangue, complètement centrée sur la défense de la politique israélienne, la culture de la Shoah et l’obsession de l’antisémitisme. On ne s’est pas donné les moyens de recréer et de développer une culture juive riche, vive, qui aurait bien sûr intégré la Shoah, mais sans être focalisée sur ça. On ne peut pas bâtir une culture uniquement sur la mort et la peur. » Jean-Christophe Attias mentionne les newsletters du Crif : « C’est effarant : on n’y parle que d’antisémitisme et d’Ahmadinejad. De temps en temps, on vous prévient quand une chanteuse israélienne vient faire un concert à Paris. Voilà la culture du judaïsme en France... En tout cas pour ce qui ne concerne pas directement la religion. » Sa compagne écoute, acquiesce, et conclut : « Je refuse d’être une juive sartrienne. Moi je suis pleinement juive, et ce ne sont pas les antisémites qui me donnent cette identité. »

Jean-Christophe Attias

Mes lieux: J'hésite entre New York et Istanbul, pourvu qu'il y ait la foule et la mer, la seule chose qui compte étant de pouvoir m'éloigner de temps en temps du village (Paris). Ou alors La Vue de Delft de Vermeer. Mes livres: Pas de livre favori. Je suis d'ailleurs plus un lecteur qu'un relecteur. Sauf des sources bibliques et rabbiniques, dont je ne me lasse jamais. Mais s'il en fallait un, ce serait Les Lettres à un jeune poète de Rilke. Mes goûts: Le piano, qui vous nettoie l'âme aussi bien que la prière.

Esther Benbassa

Mes lieux: Mon cœur balance entre Bombay l'ineffable, Chicago aux buildings qui portent naturellement vos regards vers les cieux, et Mandalay aux atours d'un autre temps. Et pourquoi pas la petite église catholique de Péra, à Istanbul, qui se cache dans une ruelle pour échapper aux curieux. Et le bazar d'Istanbul qui ne se donne qu'aux connaisseurs. Oui, ma tête est pleine de ces villes bruyantes que j'aime tant. Mes livres: Toute ma bibliothèque littéraire, emportée partout avec moi au fil de mes nombreux exils pour me sentir moins seule. L'un et l'unique me sont insupportables. Mes goûts: Traîner dans les musées et les galeries d'art. Collectionner peintures et sculptures. Et bien sûr jardiner en bord de mer contre vents et marées. Sans oublier le shopping, surtout pour les chaussures.

Les livres

Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux, sous la direction de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, Fayard, 454 p., 32 €. • Véritable manuel tout public (cultivé) de culture religieuse, œuvre collective d'une vingtaine de spécialistes, ce livre pourrait bien faire référence. Judaïsme, christianisme, islam, religions africaines, religions d'Amerique latine, d'Asie, nouveaux mouvements religieux et sectes... Pour une fois, toutes ces religions sont systématiquement situées dans leur contexte historique et culturel. La part belle est faite aux arts, à la littérature, à la vie intellectuelle et politique, ce qui est suffisamment rare dans ce type de livre pour être souligné. Les interpénétrations entre différentes confessions et cultures sont également mises en évidence. Les religions en tant que telles s'en trouvent désenclavées. On ne les comprendra que mieux.

À LIRE EGALEMENT • Petite Histoire du judaïsme, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, Librio, 96 p.,2€.

 

Jeudi 8 novembre 2007: L'Humanité

Un dictionnaire ordonné du phénomène religieux Une vingtaine d’auteurs proposent une approche à la fois savante et accessible du monde comme il est.

La fine équipe que constituent les deux historiens engagés, Jean Christophe Attias et Esther Benbassa (époux à la ville et tous deux chercheurs en sciences religieuses dont ils dirigent la section spécialisée à l’École des hautes études), fait une fois encore oeuvre utile. Ils proposent un imposant manuel, approche à la fois savante et accessible du phénomène religieux, dont Malraux prédisait qu’il dominerait le XXIe siècle. Une bonne vingtaine d’auteurs y ont collaboré, spécialistes des religions africaines, asiatiques ou d’Amérique latine, abordée dans le livre dont l’essentiel est cependant consacré aux trois grands monothéismes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam. Les religions y sont abordées sous différents aspects (historique, philosophique, social, culturel) dans leur évolution et leur rapport avec celle du monde comme il va. Un choix délibéré d’interdisciplinarité qui fait tout l’intérêt et la richesse de cet ouvrage que l’on peut lire, un peu comme un dictionnaire, au gré de ses envies, de ses curiosités, en l’ouvrant à la page qui nous intéresse sans avoir besoin d’avoir lu tout le reste pour comprendre. Les sujets délicats les plus actuels et conflictuels ne sont pas évités, particulièrement en ce qui concerne l’islam et l’islamisme, les relations entre l’essor récent de ce dernier et le conflit israélo-palestinien, dont Olivier Roy montre bien qu’il reste, en dépit de tout, un conflit d’essence nationale et non religieuse, et que le fondamentalisme que l’on dénonce dans l’islam frappe aussi d’autres religions, les chrétiens notamment. Un manuel qui prétend pallier en partie l’absence, dans notre pays, d’un enseignement digne de ce nom de l’histoire des religions.

FRANCOISE GERMAIN-ROBIN

 

Vendredi 9 novembre 2007: Courrier français. L'hebdomadaire chrétien de la Gironde, et vendredi 16 novembre 2007: Courrier français. Béarn et du Pays Basque

L'enseignement du fait religieux aux jeunes est au programme des collèges et lycées. Mais de nombreuses questions se posent. Qu'en est-il de la laïcité? Comment connaître toutes les religions ? Peut-on enseigner avec objectivité quand on est pratiquant d'une religion ? Pour tous ceux qui se posent une foule de questions, voici un livre enrichissant, Des cultures et des dieux. C'est un travail précieux de 29 universitaires et chercheurs, réalisé sous la houlette de deux directeurs d'études en sciences religieuses de l'Ecole prafique des Hautes Études de Paris, Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias

Le tecteur est invité à prendre censcience de la place du fait religieux dans toute civilisation et dans toute l'histoire des peuples. Puis viennent des chapitres qui évoquent tes grandes religions: judaïsme, christianisme, islam qui, ensemble, occupent tes trois quarts du volume (on trouve en ces chapitres des données sur l'origine, l'histoire, le développement, la pratique, la place dans les arts et la littérature, la relation avec le politique et l'évolution dans la société actuelle). Suivent les religions africaines, celles d'Amérique latine ou d'Asie et enfin les sectes et mouvements religieux.

En bons pédagogues, les deux directeurs d'études terminent par une mise au point sur l'enseignement du fait religieux, le respect de la laïcité et le contenu des programmes. Un livre très documenté, écrit d'une façon lisible ei précieux pour tous ceux qui s'intéressent au fait religieux et à son implication dans la vie d'aujourd'hui. Les auteurs du livre pensent préparer des fascicules pour chaque religion, afin d'être plus disponibles pour certaines études en temps scolaire...

GUY PERRAUDEAU

 

Jeudi 15 novembre 2007: Le Nouvel Observateur

Il manquait un manuel d'histoire des faits religieux aux enseignants, ce livre pourrait leur servir de référence. La place des femmes dans le judaïsme, les intellectuels chrétiens, l'architecture musulmane, l'influence du bouddhisme, l'émergence de nouvelles sectes... Pas de catéchisme ici, mais un regard distancié sur les religions vivantes abordées comme des constructions culturelles par une trentaine de spécialistes. Un outil précieux pour fonder cette « laïcité d'intelligence » voulue par Régis Debray.

MARIE LEMONNIER

 

Jeudi 22 novembre 2007: La Vie

Ouvrage clé pour les enseignants, les lycéens et étudiants ou les curieux du fait religieux, ce livre tresse un tableau à plusieurs entrées (origine, culte, doctrine, courants) de l'histoire des monothéismes. Un riche florilège artistique et culturel ainsi qu'un point sur des problématiques contemporaines ferment chaque séquence. Le livre se termine sur quelques aperçus des religions actuelles d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et des nouveaux mouvements religieux.

EDMEE DE SAINT-BANQUAT

 

Novembre-décembre 2007: Valeurs mutualistes (Le magazine des adhérents MGEN)

« Nous avons voulu ce livre pour donner aux enseignants, ainsi d'ailleurs qu'aux parents, des connaissances sur les religions - les religions vivantes, telles qu'elles sont dans le monde où nous vivons - et la religion comme un fait de civilisation. Nous évoquons les croyances et les cultes, mais aussi les architectures, l'art, la littérature, la musique, la place des intellectuels dans les grandes traditions, les processus de laïcisation, les contacts entre religions, qu'ils soient ou non conflictuels », expliquent les auteurs, laïcs et membres du groupe de recherche sur les minorités à l'École pratique des hautes études (EPHE). Leur but « n'est pas de décrire la foi », mais de permettre « d'entrer dans l'univers mental du croyant.» Aucun objectif militant ici, mais une étude dépassionnée des faits religieux. Leur ouvrage fait aussi le point sur les sectes et les nouveaux mouvements. « Un instrument de connaissance mutuelle » bienvenu.

 

29 novembre 2007: Politis

Eloge d'une laïcité intelligente...

Peut-on transmettre le fait religieux sans être religieux ? J.-C. Attias et Esther Benbassa répondent par l’affirmative dans un ouvrage magnifique d’érudition et de pédagogie.

Voilà un livre considérable, par son volume, par l’érudition de ses auteurs, et par son ambition. Son seul titre donne la mesure du champ qui est ici couvert : Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux. Sous la direction de Jean-Christophe Attias et d’Esther Benbassa, une bonne vingtaine de spécialistes des religions se sont attelés à la tâche. Il est bien entendu question d'abord des trois grandes religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam (dans l'ordre chronologique), qui traversent notre culture et parfois agitent nos sociétés. Mais le lecteur trouvera aussi matière à approfondir sa connaissance de l'hindouisme et du (ou des) bouddhisme(s). Il découvrira les religions locales d'Afrique ou amérindiennes. Ou encore des cultes spécifîques et des syncrétismes mêlant grandes religions à des traditions autochtones.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : cet ouvrage imposant n'est pas, ou n'est pas seulement, une sorte d'encyclopédie du savoir religieux. C'est aussi un livre de combat. Ses auteurs y poursuivent un but qui nous est familier dans ce journal : ils militent pour l'enseignement du fait religieux à l'école. Ils sont convaincus que la connaissance du fait religieux est un impératif culturel. Bien plus encore : ils considèrent que c'est une nécessité politique pour qui ne veut pas tomber dans le piège idéologique du « choc des civilisations ». Et Attias et Benbassa ne font pas que « plaider » pour cet enseignement, ils le mettent immédiatement en pratique.

Le lecteur trouvera dans ce livre, au moins en filigrane, une critique sévère d'un certain laïcisme obtus qui ne veut pas savoir. Comme si la seule approche anthropologique ou culturelle de la religion pouvait avoir un effet contaminant. Chemin faisant, nos auteurs combattent un préjugé profondément ancré dans la tradition française. Car c'est une étude évidemment distanciée, et même matérialiste, de la religion qu'ils nous proposent. Lorsqu'ils explorent le judaïsme, ce n'est pas seulement dans son corpus originel, la Torah (l'Enseignement), les Neviim (les prophètes) et le Ketuvim (les Écrits), ni seulement dans son rituel (la Halakhra), mais aussi dans son histoire réelle et dans sa fusion au politique jusqu'aux divers avatars du sionisme. Ils ne nous éclairent pas seulement sur le Coran et sur les Hadiths (les enseignements oraux du Prophète), mais remontent le fil des différentes doctrines de l'islam, dont ils mettent en évidence la pluralité, qui ne se résume pas à l'opposition sunnisme-chiisme. Ils consacrent une place importante aux sources religieuses de l'art (ce qui fait beaucoup) et au mouvement des idées autour des interprétations et des doctrines.

Un mot sur la forme de l'ensemble. C'est une efficace pédagogie qui nous instruit des définitions, des clés de compréhension et des chronologies indispensables au lecteur « novice », si l'on ose dire. Par un jeu d'articles enchâssés dans le texte principal et d'encadrés, tous les concepts sont expliqués et référencés. Rien, finalement, ne résume mieux cette démarche que le mot de Régis Debray cité en exergue : « Le temps paraît nant venu du passage d'une laïcité d'incompétence (le religieux par construction ne nous regarde pas) à une laïcité d'intelligence (il est de notre devoir de comprendre). » Cette opposition nous paraît plus heureuse que le fameux antagonisme « laïcité ouverte »/« laïcité fermée ». On pourrait aussi parler d'une laïcité apaisée. À l'approche de ces fêtes chrétiennes, que les athées ne dédaignent pas de célébrer à leur façon, voilà en tout cas une magnifique idée de cadeau intelligent. Pour les croyants qui apprendront de la religion de l'autre (et peut-être parfois de la leur), et pour les athées qui veulent le rester mais mieux connaître pour mieux comprendre.

DENIS SIEFFERT

 

Vendredi 30 novembre 2007: Public Sénat

18h30 (rediffusions le 1er décembre à 21h, le 2 décembre à 17h et le 11 janvier à 18h30): Esther Benbassa invitée de Jean-Pierre Elkabbach et Monique Canto-Sperber à l'émission Bibliothèque Médicis sur la chaîne Public Sénat.

 

Novembre 2007: evene.fr

La note evene : 5/5

Appréhender le fait religieux en tant que fait culturel : tel est le défi que se sont lancés Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, directeurs d’études à la section des sciences religieuses de l’Ecole pratique des hautes études. Sous leur direction, ce ne sont pas moins de 28 spécialistes - sociologues, historiens, théologiens et anthropologues - qui ont planché sur la mise en place de “repères pour une transmission du fait religieux”. Les auteurs observent les trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam), ainsi que les cultures d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord, sans oublier les sectes, la scientologie ou encore la parapsychologie. Leur prétention n’est pas de “décrire la foi” mais de nous apporter les clés nécessaires à la compréhension de l’importance de la religion dans notre société, qu’ill s’agisse de son lien à la littérature, à l”art, comme à l’architecture. La même grille d’analyse est appliquée à chaque confession : origine, histoire, cultes, production artistique, mais aussi problèmes contemporains. La grande érudition de ce livre est associée à un souci constant de vulgarisation, visible de par les nombreuses entrées disponibles : repères, encadrés, extraits de textes, bibliographies... La lecture est aérée et passionnante.

FAUSTINE AMORE

 

Novembre-décembre 2007: Inter CDI (revue des centres de documentation et d'information des collèges et lycées)

Les deux auteurs ont fait ici une étude dépassionnée des faits religieux qui ouvre très largement l'esprit sur la diversité des cultures, incitant dans le même temps au dialogue et à la compréhension réciproque. C'est un outil de liberté à mettre entre les mains de tous, parents, enseignants, étudiants et lycéens, jeunes et moins jeunes.

 

Décembre 2007: Page (revue des libraires)

La culture et la curiosité sont sources d’ouverture d’esprit et nous aident à comprendre les religions différentes des nôtres. Pourtant, depuis les attentats islamistes du 11 septembre 2001 tout semble avoir basculé. Nos repères se sont troublés, les communautarismes semblent avoir gagné du terrain, de nouveaux phénomènes religieux se sont imposés.

Pour nous aider à comprendre le « fait religieux » aujourd’hui, l’équipe coordonnée par Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa proposent un remarquable ouvrage, aussi didactique que passionné. Rien de tel, en effet, pour nous réconcilier avec les religions, qu’apprendre à les connaître à travers leur histoire, leur évolution ou leur littérature. Judaïsme, Christianisme, Islam mais aussi religions d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie, les auteurs s’attachent aux religions vivantes avec précision. Une exploration éveillée et captivante, des explications claires et limpides : un livre indispensable.

RAPHAEL ROUILLE, Librairie Sauramps en Cévennes, Alès.

 

Décembre 2007: L'Enseignement public (Le magazine des adhérents de la Fédération UNSA Education)

L'ouvrage Des Cultures et des Dieux pourrait rapidement faire référence : véritable histoire dépassionnée des religions, il fait la part belle aux arts, à la littérature, à la vie intellectuelle et politique, sans oublier l'histoire des laïcités et les processus de sécularisation. Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias qui ont dirigé cet ouvrage collectif sont directeurs d'études à la section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des hautes études. Ils sont aussi des intellectuels présents dans le débat public. Leur engagement citoyen leur a valu, en 2007, le Prix Françoise Seligmann contre le racisme, l'injustice et l'intolérance.

 

Décembre 2007: La Recherche

Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa (dir.), Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux, Fayard, 2007, 415 p., 32 €; Jean-Marc Mouillie, Céline Lefèvre et Laurent Visier (dir.), Médecines et sciences humaines. Manuel pour les études médicales, préface de Tzvetan Todorov, Les Belles Lettres, 2007, 667 p., 23 €.

La parution coup sur coup de deux gros ouvrages collectifs relance le débat sur le rôle des manuels et leur destination. Ces livres, qui se veulent des références, interviennent certes sur des terrains pédagogiques assez dissemblables. Le premier, dirigé vers la « transmission du fait religieux », souhaite donner un socle à un enseignement qui s'affirme dans les classes du secondaire et les amphis du supérieur, pour des raisons tant scientifiques que civiques. Le second comble une lacune dans un enseignement vieux déjà de treize ans et qui a introduit les sciences humaines dans les études de médecine. Mais tous deux ont l'ambition de toucher un public plus large, intéressé par ces questions de la vie, de la mort, de la croyance et du savoir.

V. D.

 

Décembre 2007: Diasporiques (Organe du Cercle Gaston-Crémieux)

Sous la direction de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, Des cultures et des dieux, Librairie Arthème Fayard, Paris, 2007, 440 p., 32 Euros.

Impossible de faire une recension classique d'un tel ouvrage qui se veut, comme il est ajouté dans son titre, « donner au lecteur des repères pour une transmission du fait religieux ».

Pour chacun des trois monothéismes, le livre nous présente un aspect historique, une description du contenu de sa pensée religieuse et des arts associés, un survol de son état actuel, une analyse de la situation qu'il réserve spécifiquement aux femmes, et aussi des informations sur le regard critique rationaliste qui s'est peu à peu développé à son propos. Les religions asiatiques auraient probablement mérité un développement plus important. Un regret également : la place trop réduite accordée aux débats interreligieux, au sein même du christianisme, entre les trois religions monothéistes, et entre les religions monothéistes et les religions orientales.

Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa réussissent en particulier le tour de force de nous brosser un tableau remarquable du judaïsme dans sa diversité en seulement un peu plus d'une centaine de pages (1). Je ne résiste pas au plaisir d'en citer cet extrait: « Quelle tâche assigner aux intellectuels juifs de la diaspora? Celle d'intellectuels organiques, au service de leur communauté, plus ou moins au diapason du discours officiel de ses institutions représentatives? Celle de passeurs, d'interfaces actifs et créatifs entre le groupe juif minoritaire et la société globaie ? Celle d'inventeurs et de promoteurs d'une culture juive diasporique autonome, positive, vivante, aussi éloignée de la sécheresse d'une "science du judaïsme", académique et abstraite, que de l'exaltation d'un retour au religieux rompant avec tous les acquis du dialogue du judaïsme avec les cultures non juives ? ».

Dans la partie dévolue à l'islam, l'histoire de sa genèse est un peu succincte si on la compare au petit livre d'Alfred-Louis de Prémare Aux origines du Coran (2). Par contre le chapitre d'Olivier Roy, qui traite de la mondialisation et de l'occidentalisation de l'islam, est remar}uable. Citons : « L'opinion publique en Occident est souvent convaincue de deux choses : l'évolution de l'islam dépend du Proche-Orient et des crises politiques qui s'y déroulent et, pour que les musulmans acceptent l'occidentalisation et la démocratie, une réforme théologique de l'islam, c'est-à-dire l'avènement d'un islam libéral, est nécessaire... Or, si l'on observe bien l'émergence lente d'un islam réformiste et libéral, la tendance dominante, à la fin des années 1990, est plutôt celle du développement d'une forme stricte, voire fondamentaliste, que l'on appelle souvent salafisme. En particulier, le phénomène des born again et celui des conversions s'orientent plutôt vers cet islam-là. En l'occurrence, l'évolution de l'islam est en ligne avec celle du christianisme. Dans toutes les grandes religions occidentales les formes de revivalisme religieux à la fin du XXe siècle et au début du XXIe se font plutôt en faveur des fondamentalismes ».

Cet ouvrage dense, bien documenté, agréable à lire, devrait trouver sa place dans la bibliothèque des lectrices et lecteurs de Diasporiques : ils le consulteraient sans doute fréquemment.

GEORGES WAJS

1. Les mêmes auteurs nous donnent aussi une Petite histoire du judaïsme (Librio, Paris, 2007, 95 pages, 2 Euros).

2. Éditions Téraèdre, Paris, 2004, 143 pages, 13,50 Euros.

 

Décembre 2007: Cahiers Bernard-Lazare (Revue politique et culturelle du judaïsme progressiste en Europe)

Sous la direction de Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, Des cultures et des dieux - Repères pour une transmission du fait religieux, Editions Fayard, 2007.

Notons d'emblée le pluriel du mot « repères » : il s'agit en fait d'une véritable encyclopédie des religions. Sous la direction des deux responsables cités, 28 spécialistes évoquent avec précision les clés qui manquent à la culture religieuse de Français parfois trop désorientés.

Certes, judaïsme, christianisme et islam s'y taillent une part importante (les trois-quarts de l'ouvrage), en ce qu'ils ont marqué l'histoire de l'Europe ; mais toutes les autres religions d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique sont aussi abordées, sans oublier les nouveaux mouvements religieux et même les courants sectaires.

Cette étude dépassionnée des faits religieux ouvre sur la diversité des cultures et invite donc au dialogue et à la compréhension réciproque. Elle correspond donc parfaitement à la remarque de Régis citée dans l'introduction : « Le temps paraît maintenant venu du passage d'une laïcité d'incompétence (le religieux, par construction, ne nous regarde pas) à une laïcité d'intelligence (il est de notre devoir de le comprendre). »

Les lecteurs de nos Cahiers pourront en débattre avec les deux coordinateurs, au CBL, le jeudi 20 décembre à 20h30.

 

Samedi 1er décembre 2007: L'Est-Eclair et Libération Champagne

Attentats du 11 septembre 2001, choc des civilisations, revendications communautaristes, appétits nouveaux de spiritualité... Face à cette explosion de phénomènes et de discours, les Français, tantôt anticléricaux, tantôt peu ou mal formés à la culture religieuse, se sentent parfois désorientés. Cet ouvrage qui aborde aussi judaïsme, christianisme, islam et autres traditions d'Afrique, d'Asie et d'Amérique, sans oublier les nouveaux mouvements religieux. Des repères et des explications.

 

Dimanche 2 décembre 2007: Radio France International

7h40-8h (rediffusion 13h40-14h): Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias invités de Geneviève Delrue à l'émission Religions du monde sur RFI.

 

Mardi 18 décembre 2007: www.nice-premium.com

« Des cultures et des dieux » : le fait religieux est-il une simple connaissance ?

Resté malheureusement sans application, le rapport de Régis Debray sur « l’enseignement du fait religieux » à l’école aura toutefois eu le mérite de susciter la publication d’ouvrages de qualité, à même de fournir un support aux futurs enseignants de cette matière si complexe. C’est ce que pense notre chroniqueur littéraire Jean-Luc Vannier à propos du livre « Des cultures et des dieux », paru récemment aux éditions Fayard et rédigé par un impressionnant collectif d’auteurs et d’érudits des trois grands monothéismes.

Dans un récent article du Monde, et en écho aux propos tenus par l’Evêque de Nice, le spécialiste des questions religieuses Henri Tincq évoquait le problème des « chrétiens d’Orient et l’islam radical » dans le prolongement d’un colloque organisé conjointement par l’Institut Européen des Sciences en religion et l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Quelques jours après, toujours sous sa plume, on pouvait lire que le « Vatican réaffirmait son droit d’évangéliser les non-chrétiens et les chrétiens non catholiques » au risque d’altérer des relations déjà fragiles avec l’Eglise orthodoxe russe. En Turquie, un prêtre italien est poignardé à Izmir. Et la liste des actes et des litiges impliquant les religions ne s’arrête pas là. Que dire en effet des conséquences quotidiennes de l’imbrication, aussi géographique que symbolique, des trois monothéismes au cœur de la ville sainte de Jérusalem ? On ne peut, dans ces conditions, que s’interroger : pour quelles raisons l’enseignement du fait religieux à l’école, recommandé depuis longtemps par l’essayiste Régis Debray dans un rapport remarqué et consensuel sur le sujet, tarde tant à venir ? Thème sensible ? Résistance des congrégations qui souhaitent garder la haute main sur la diffusion de leur pensée ? On se contentera donc, dans cette laborieuse attente, de s’intéresser à l’ouvrage collectif élaboré par de nombreux spécialistes du judaïsme, du christianisme et de l’islam, sous la direction de Jean-Christophe Attias et d’Esther Benbassa « Des cultures et des dieux », paru récemment chez Fayard.

Le souci des auteurs repose sur un constat attristant : l’existence d’une « inculture religieuse » des élèves qui, expliquent-ils plutôt pudiquement dans une post-face consacrée à l’enseignement du fait religieux à l’école, rend « difficile l’appréhension d’un certain nombre d’œuvres artistiques…et des pans entiers de l’histoire ». En fait, c’est l’incompréhension et le rejet qui dominent l’état des lieux. Sous forme de « repères pour une transmission du fait religieux », les auteurs proposent un ouvrage à la fois didactique sur le contenu et accessible dans sa forme. Le rappel exigeant des « corpus », des dogmes et des institutions qui en découlent n’empêche pas l’alternance avec une pluralité de digressions à tonalité plus culturelle et contemporaine. D’où leur approche respectueuse de la chronologie dans l’apparition des monothéismes mais également leur souhait d’en multiplier les accès : peut-on évoquer le judaïsme sans évoquer la politique, la création de l’Etat d’Israël et, en conclusion du chapitre, les « grands défis et interrogations théologiques » ? Le judaïsme, c’est aussi, selon les auteurs, la littérature moderne de Walter Benjamin à Hannah Arendt en passant par Isaac Bashevis Singer ou la figure de l’intellectuel juif Emmanuel Levinas. C’est encore l’influence prépondérante de la diaspora juive aux Etats-Unis, illustrée par la photo d’une cérémonie religieuse du « mariage juif d’un coupe gay » à New York.

Même traitement pour le christianisme, ballotté depuis ses origines entre orthodoxie et laïcisation. On notera ainsi un développement conséquent sur les arts chrétiens où interviennent à la fois la place de Marie dans la peinture et un éclairage sur l’essor de la musique religieuse. On appréciera également le chapitre consacré à la critique religieuse en occident par les philosophes des Lumières : moment nécessaire pour comprendre la lecture aujourd’hui relâchée, à distance, des textes bibliques, un peu « comme on lit Platon ou Aristote expliquait un jour régis Debray » et bien différente de la relation plus « verrouillée » entretenue par des hommes et des femmes avec le texte fondamental dans d’autres croyances. La partie sur l’islam au sens large accueille ainsi jusqu’à la littérature persane, ottomane ou turque et rappelle, ce qu’on ne fera jamais assez, les figures brillantes de l’intellectualisme musulman des quatre premiers siècles après sa naissance.

Mentionnons un effort louable des auteurs : une tentative heureuse de croiser les regards entre les différentes religions aux XIX et XXème siècles. Epoque qui rappelle certes les apports ambigus du colonialisme mais également souligne les œuvres inaliénables du palestinien Edward Saïd ou de l’érudit Louis Massignon. Tour d’horizon qui serait bien incomplet sans aborder les religions animistes d’un continent africain en pleine islamisation, les évolutions du christianisme en Amérique centrale et du sud, doublement marquées par un retour au « catholicisme coutumier » et une influence croissante des « mouvements évangélistes », sans bien évidemment oublier les mutations qui concernent les territoires de l’Asie.

On l’aura compris. C’est à un véritable tour du monde des religions qu’est convié le lecteur soucieux de comprendre les enjeux, visibles et cachés, du phénomène religieux. Périple au cours duquel il pourra finalement puiser tous les éléments essentiels d’un débat complexe et de grande actualité.

JEAN-LUC VANNIER

Article également consultable sur www.nice-premium.com

 

Mardi 18 décembre 2007: www.respectmag.fr (le site de Respect Magazine)

Le livre des fêtes

Esther Benbassa : « combattre l’ignorance des religions »

Esther Benbassa est l’auteur avec Jean-Christophe Attias du livre Juifs et musulmans : Une histoire partagée, un dialogue à construire. Elle vient de publier un nouvel ouvrage collectif, Des cultures et des dieux. Repères pour une transmission du fait religieux.

Quel est l’objectif de ce livre ?

Son but principal, c’est de combattre l’ignorance des religions. Nous avons voulu réaliser un outil grand public et interactif sur l’étude de toutes les cultes. La table des matières, volontairement très détaillée, permet à chacun (parents, jeunes, enseignants) d’accéder à l’info en piochant directement dans le thème qui l’intéresse. Inutile de lire l’ouvrage en entier ! Pour faciliter la compréhension, nous avons fait figurer plusieurs encadrés explicatifs, des textes religieux ainsi qu’une bibliographie, une filmographie et une liste de sites Internet. L’éducation et l’instruction sont les seuls moyens de rapprocher les gens.

Avez-vous hésité à évoquer certains tabous ?

Non, sauf que nous ne l’avons pas fait dans l’intention de provoquer. On a montré des représentations miniatures de Mahomet, la célébration d’un mariage gay selon les rites juifs. Tout ça pour dire que les religions ne sont pas des concepts. Elles se vivent au jour le jour avec des hommes et des femmes, selon l’époque : en perpétuel mouvement ! Il n’existe pas un islam ou un judaïsme authentique. Aujourd’hui, vous pouvez rencontrer des personnes à la fois bouddhistes et chrétiennes, qui se disent appartenir culturellement à l’un et religieusement à l’autre. En France, on a encore du mal à accepter ce genre de métissage.

Pourquoi comparer l’évolution française du judaïsme et de l’islam ?

Parce que les préjugés à l’encontre de musulmans sont les mêmes que ceux rencontrés par les juifs au 18ème siècle. « Ils se multiplient trop vite », disait-on à l’époque ! L’abbé Grégoire, par exemple, voulait attribuer la citoyenneté française aux juifs mais parlaient d’eux comme des personnes non régénérables à cause de leur religion « obscurantiste ». J’ai comparé le discours de cet homme à celui prononcé par l’ancien président français Jacques Chirac lors de l’interdiction du voile islamique à l’école. Quand j’y repense… 1000 filles voilées auraient mis en danger la République ? Elle serait bien fragile dans ce cas !

La laïcité ?

Elle fait partie de notre démarche mais ne doit pas tourner à l’obsession. À l’heure actuelle, les religions riment avec danger social, danger politique… Il faut arrêter ! Elles génèrent toutes de la violence mais aussi de la culture et surtout, ce que nous appelons la civilisation.

Recueilli par JEAN-MARIE BAGAYOKO et ABDELKRIM BRANINE.

Entretien également consultable sur www.respectmag.fr

 

Mercredi 19 décembre 2007: Centre Yavné (Bordeaux)

20h30: Conférence-débat, avec Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, au Centre Yavné, 11 rue Poquelin Molière, 33300 Bordeaux.

 

Jeudi 20 décembre 2007: Cercle Bernard-Lazare (Paris)

20h30: Conférence-débat, avec Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, au Cercle Bernard-Lazare, 10 Rue Saint-Claude, 75003 Paris.

 

Samedi 22 décembre 2007: Le Figaro Magazine

Dieu et les Dieux

Ce n'est qu'un indice parmi d'autres, mais il est révélateur : l'usage s'impose de se souhaiter « de bonnes fêtes de fin d'année ». Noël ? Connais pas. Comment en serait-il autrement dès lors que près d'un Français sur trois se déclare « sans religion », un sur deux chez les moins de 40 ans ? Plus encore que la déchristianlsation, c'est ce détachement qui frappe l'observateur.

Une tendance qui laisse les Français désemparés devant un monde où, de l'Amérique à l'Orient, les croyants n'ont pas pour habitude de se cacher, et désemparés face à l'affirmation identitaire de l'islam. Une tendance qui les rend de surcroît étrangers à leur propre héritage. L'Education nationale, qui est pourtant un bastion de la laïcité, s'en est alarmée : comment comprendre une cathédrale ou le théâtre de Claudel si l'on ne sait rien du christianisme ? A l'invitation du ministère, le philosophe Régis Debray a ainsi rédigé un rapport, en 2002, dans lequel il recommandait l'enseignement du fait religieux à l'école.

C'est dans cette optique que Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa ont dirigé un ouvrage conçu pour donner des « repères pour une transmission du fait religieux » (1). Directeurs d'études à l'Ecole pratique des hautes études, les deux historiens ont fait appel à plus de 25 spécialistes afin d'expliquer les croyances et les rites du judaïsme, du christianisme, de l'islam et des religions d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie. On pourra discuter ou nuancer tel ou tel point, l'ensemble s'avère clair, honnête et pédagogique : la religion pour les nuls.

[Suit un paragraphe, non reproduit ici, sur le Dictionnaire des religions, dirigé par le cardinal Paul Poupard, réédité en poche aux PUF (2)]

Des cadeaux possibles pour les fêtes. Les fêtes de Noël et de la Saint-Sylvestre.

JEAN SEVILLIA

(1) Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, Des cultures et des dieux, Fayard, 452 p., 32 €.

(2) Cardinal Paul Poupard, Dictionnaire des religions, PUF, un coffret de 2 vol, 2 256 p., 49 €.

 

Janvier 2008: Le Monde des Religions

Le sous-titre résume la démarche autant que l'objectif: « Repères pour une transmission du fait religieux. » Y sont présentées, via les contributions de vingt-huit spécialistes, les grandes traditions religieuses de l'humanité contemporaine, sans oublier la critique occidentale de la religion et de la laïcité. Une approche historique et culturelle où les religions sont abordées comme un fait de civilisation pour fournir des clés de compréhension accessibles à un large public. Sans prétendre à l'exhaustivité, ce panorama très complet a l'avantage de proposer plusieurs niveaux de lecture : exposés thématiques (croyances, doctrines, arts...), extraits de textes, cartes, tableaux. Le lecteur a ainsi la possibilité de s'y plonger en fonction de ses propres questions, et d'aller plus loin grâce à une riche bibliographie.

SERGE LAFITTE

 

Janvier 2008: L'Histoire

Un livre pour comprendre. Sans tabous, sans exclusive. Comprendre le fait religieux, dans ses croyances, ses rites, son histoire. Avec une solide équipe de théologiens, d’anthropologues, de philosophes, d’historiens, Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, dont on connaît le combat en faveur de l’ouverture au dialogue des cultures et des religions, ont voulu proposer cette mise au net d’un phénomène qui reste au coeur de la condition humaine, même s’il n’en est pas fait un usage toujours raisonné et raisonnable - l’actualité se charge amplement de nous le rappeler.

De leurs origines à leur rapport au politique, en passant par leur évolution, les cultes, les représentations, les religions sont pris comme autant de constructions culturelles, autant de forces qui ont animé, inspiré, transformé la civilisation humaine.

Ce livre, en invitant à une approche dépassionnée mais rigoureuse des religions, peut servir à mieux saisir ce qui, par paresse ou par ignorance, nous échappe. Un instrument de savoir autant que de liberté. Dogmatiques de tout poil, religieux ou antireligieux, s’abstenir.

 

Jeudi 10 janvier 2008: Institut du Monde Arabe

18h30, Salle du Haut Conseil, niveau 9: Débat autour de Des cultures et des Dieux.

Extrait du programme des Jeudis de l'IMA:

La religion ne concerne-t-elle donc que les croyants ? Le judaïsme, le christianisme, l'islam sont-ils seulement l'affaire respectivement des juifs, des chrétiens et des musulmans ? Les laïcs, et même les athées, n'ont-ils pas eux aussi à se saisir de ces sujets? Quelle légitimité pour une approche non religieuse de la religion, qui ne verse ni dans la complaisance béate ni dans la stigmatisation ou l'hypercritique ?

Pour lancer le débat sur ces questions, les Jeudis de l'IMA ont invité Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, maîtres d'oeuvre d'un ouvrage récent, intitulé Des cultures et des Dieux. Repères pour une transmission du fait religieux (Fayard). Abordant les grandes religions vivantes, et pas seulement les monothéismes, comme des faits de civilisation, le livre a pour ambition d'offrir à chacun, quels que soient par ailleurs son bagage ou ses convictions, de multiples voies d’accès à un univers complexe et changeant.

Avec : Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, directeurs d’études à l’EPHE (Sorbonne); Patrick Cabanel, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Toulouse – Le Mirail ; Odile Journet, directrice d'études à l’EPHE (Sorbonne) ; Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS ; Nadia Ettayeb, professeur agrégée de lettres modernes et journaliste à Radio Aligre ; Mohamed Hamidi, professeur agrégé d'économie-gestion à Bobigny et responsable éditorial du Bondy Blog

Débat enregistré pour Les Chemins de la Connaissance, web radio de France Culture. Pour écouter l'émission, diffusée le 23 anvier 2008, cliquer ici.

 

Jeudi 17 janvier 2008: Fnac Saint-Lazare (Paris)

17h30: Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias invités à la FNAC Saint-Lazare (Paris).

 

Mercredi 23 janvier 2008: France Culture

Diffusion de l'enregistrement du Jeudi de l'IMA du 10 janvier 2008 sur Les Chemins de la Connaissance, web radio de France Culture. Pour écouter l'émission, cliquer ici.

 

Février 2008: Le Monde diplomatique

Les deux coordinateurs de cet ouvrage collectif, historiens respectés du judaïsme, se distinguent par leur action en faveur du dialogue entre les cultures et et les religions. En 2004, ils avaient organisé un colloque dont les actes ont été publiés en 2006 par les éditions de La Découverte dans un livre, Juifs et musulmans. Une histoire partagée, un dialogue à construire, qui a reçu le prix Françoise Seligmann contre le racisme. Avec cette nouvelle publication, à laquelle ont contribué une trentaine d'universitaires, ils veulent rendre accessibie le « fait religieux » à un large public. Une multiplicité de portes d'entrée (cartes, encadrés, illustrations, citations, glossaires, petites biographies) permet au lecteur de s'instruire à son rythme sur le passé et l'actualité des trois grandes religions monothéistes, mais également des religions africaines, latino-américaines, asiatiques et des sectes. Les analyses ont des visées différentes, parfois critiquables, mais toujours de haute tenue. Une encyclopédie pratique et stimulante.

MICHEL COOL

 

Février 2008: Esprit

Cet ouvrage collectif se présente comme un livre de référence et de travail pour aider à « transmettre » le fait religieux, en particulier dans le cadre scolaire. Si cette ambition est bien défendue par les auteurs et les concepteurs de l'ensemble, c'est qu'elle offre en effet un outil donnant les « repères » essentiels sur les grandes religions mais qu'elle cherche aussi à surmonter les limites inévitables d'une telle entreprise. Comment en effet répondre à une demande qui est souvent celle d'un décodage culturel et symbolique des religions, sans perdre de vue leur présence effective dans le monde contemporain, et les reconfigurations que les religions imposent même par exemple à la géopolitique actuelle ? Comment traiter les « héritages » religieux et ce qui, dans les rites ou les dogmes, reste immuable avec les bouleversements contemporains du fondamentalisme, du prosélytisme ou encore des reinventions identitaires ? La démarche combine ici la présentation des trois monothéismes - sans pouvoir d'ailleurs adopter un seul schéma d'exposition, au-delà de la présentation des fondamentaux : la présentation du judaïsme accorde une large part à la culture et à la politique, celle du christianisme insiste sur l'histoire française tandis que le traitement de l'Islam privilégie davantage la géopolitique - avec une approche par aire géographique (Afrique, Amérique latine, Asie). La souplesse de cette construction (qui intègre aussi un chapitre final sur les sectes et les nouveaux mouvements religieux), ainsi que la volonté de ne pas se démarquer d'une approche scientifique, permettent de ne pas se contenter d'une approche réductionniste qui reviendrait à enfermer la religion dans l'histoire ancienne ou dans ses manifestatiens rituelles. Une manière de prouver que la neutralité n'impose pas l'ignorance et de rappeler qu'une juste conception de la laïcité laisse sa place à une connaissance précise des religions actuelles dans leurs dimensions multiples.

M.-O. P.

 

15 Février 2008: Valeurs actuelles

Ce livre précis et détaillé expose avec neutralité l’histoire, les dogmes, les cultes, les arts et la littérature des religions, ainsi que la façon dont elles sont perçues. Une large place est accordée aux trois religions monothéistes, mais d’autres sont présentées avec tout autant d’attention. On appréciera la précision du discours et les nombreuses citations d’auteurs qui étayent la pertinence du propos. La discipline à laquelle les auteurs se réfèrent, l’étude des faits religieux, reste quelque peu singulière. L’effort qui consiste à décrire une religion avec une objectivité poussée à l’extrême, presque rationnellement, ne peut que retranscrire imparfaitement la spiritualité religieuse, et aboutit donc à une approche imparfaite de la religion. Mais le sous-titre du livre nous en avertit, il s’agit de Repères pour une transmission du fait religieux. On pourra regretter cette approche neutraliste, ainsi que quelques descriptions insidieuses des conceptions morales de l’Église catholique. Reste que l’ouvrage permet d’approfondir ses connaissances religieuses, fidèle à ses objectifs : s’ouvrir à une « laïcité d’intelligence ».

M. B.