Je m’appelle Esther Benbassa. C’est vrai que mon nom est difficile à prononcer, mais on finit bien par le retenir.
Mon nom est ma vraie patrie, une patrie virtuelle comme celles que je préfère, sans tendance aucune à un quelconque chauvinisme. Il me rappelle mes origines liées à cette Espagne médiévale de laquelle mes ancêtres furent expulsés pour s’installer dans les Balkans, gardant leur langue et culture espagnoles à travers les siècles.
Une expulsion qui marque le début des pérégrinations des miens et aussi celui de mes propres émigrations.
Ce parcours tortueux et l’apprentissage des langues qui l’a accompagné me rendent totalement imperméable au rejet de l’Autre. Je passe une partie de ma vie, avec mon compagnon Jean-Christophe Attias, au rapprochement entre Juifs et Arabes, sans trop d’illusions.
Je suis également une universitaire, spécialiste de l’histoire des Juifs, sujet sur lequel j’ai publié un certain nombre d’ouvrages. Les étudiants font partie de cet univers du savoir partagé dans la joie d’apprendre que j’apprécie tant. Nous formons plutôt une communauté intellectuelle où science et citoyenneté sont inséparables.
Mes interventions dans la vie de la cité, je les considère comme faisant partie des tâches de l’intellectuel, qui a aussi pour mission de transmettre et qui bénéficie du luxe d’être payé pour penser. Un privilège que j’apprécie hautement, sachant que je le dois aux contribuables, et essayant d’être à la hauteur de leur confiance. Même si je ne suis pas une universitaire dans la norme, je fais passionnément ce métier que j’essaye d’enseigner à des générations de futurs citoyens responsables.
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